PRÉSERVATIFS CONTRE LES CARNASSIERS
leplus petit passage ; il est aussi nécessaire que nul voisin ne l'aperçoive ; le cercle tracé, les deux extrémités bien soudées, l'opérateur jette son os, leplus loin possible, dans la direction opposée aux bâtiments. Dans la Brie, le propriétaire attachait un morceau de lard à une corde avec laquelle il décrivait autour de sa ferme un cercle étendu, afin de tracer l'enceinte où ne peut pénétrer le renard, et il disait en marchant : « Renard, tu ne mangeras pas plus de mes poules que de mon lard1 ». Le contact avec la terre n'est plus observé en Dauphiné, où l'on porte dans une besace les os de la volaille, qui a servi à fêter le Mardi gras, après le soleil couché, dans la propriété dont on veut écarter les renards. Lorsqu'on en a fait le tour, la besace à la main, on la jette aussi loin qu'on le peut2.
Dans le pays messin, suivant un usage qui tend à disparaître, le jour du Mardi gras, à la fin du dîner, le plus jeune des garçons de la famille montait sur le toit en tenant à la main l'omoplate appelée en patois le « pàh », et il criait :
Oh ! loup !
Tiens, loup, val' te pâh !
Tu n'en érès pas devant Pâques!
puis il jetait l'os dans la rue aussi loin qu'il pouvait. Une pratique à peu près semblable accompagnée aussi d'une invocation avait lieu encore vers 1870 à Lucy dans la même contrée 3.
En Basse-Bretagne, au commencement du siècle dernier, on mettait du pain et du lait dans les endroits où passaient les hermines et les belettes ; lorsqu'elles avaient goûté le pain de la maison, elles n'attaquaient plus les volailles4, autrefois, pour empêcher le renard de venir manger les poules, on aspergeait les alentours de l'habitation avec du bouillon d'andouilles. En Saintonge, les ménagères accomplissaient cet acte le jour du Mardi gras, avant l'aurore et à jeun. Celte aspersion constituait peut-être quelque chose de plus qu'une simple offrande ; celui qui la faisait pensait vraisemblement qu'il formait ainsi une sorte de barrière infranchissable, comme celle que les cultivateurs des euvirons de Liège font lorsque, à minuit de Noël, ils répandent de l'eau tout autour de leur maison, persuadés que cette traînée empêchera les rats et les souris d'y entrer3.
Dans l'Albret celui qui conjure le renard doit s'y prendre à trois
1. A. Ceresole. Légendes des Alpes vaudoises, p. 340 ; E. Renard. Superstitions bressanes, p. 17; Ladoucette. Mélanges, p. 415.