CONSULTATIONS PAR LES POMMES
superstitions tiennent à une biroulade plus ou moins bien réussie. Quand les châtaignes qu'une jeune fille fait sauter dans une grande poêle percée de trous sont cuites à point, c'est qu'elle doit être heureuse en ménage ; quand, au contraire, elle les a laissées brûler, tout le monde lui conseille de ne pas se marier, car infailliblement le malheur s'acharnera sur elle. Pour le garçon à marier l'usage le condamne à lancer, par deux fois, toutes les châtaignes hors de la poêle, et à les y recevoir du même coup. Si une seule sort du récipient, il perdra sa femme l'année même de son mariage, et s'il est assez maladroit pour les éparpiller chaque fois, c'est au contraire lui qui mourra le premier l.
Dans le pays wallon, la jeune fille qui désire connaître si elle est aimée de tel ou. tel jeune homme, laisse tomber un pépin sur le couvercle du poêle allumé en disant : « Me voit-il volontiers ? » S'il éclate, la réponse est affirmative ; elle peut aussi demander s'il l'épousera ou si son premier-né sera un garçon. Pour savoir dans combien d'années on se mariera ou combien d'enfants on aura, il faut plusieurs pépins ; le nombre de ceux qui sauteront est une indication exacte. L'intervention du feu n'est pas toujours nécessaire, on peut se servir comme agent de consultation de la chaleur de son propre corps ; un pépin, retenu par la moiteur du front, tombera au moindre froncement si la jeune fille n'est pas aimée ; s'il tient ferme, c'est un signe de solide affection 2. Cette, petite épreuve est aussi en usage en plusieurs contrées de France. En Haute-Bretagne les garçons qui veulent savoir de quel côté est leur bonne amie mettent des pépins dans leur main ou dans un chapeau, en disant :
Pépin, pépin, Tourue-toi, vire-toi :
Par où le pépin tournera La bonne amie sera.
Le côté pointu donne la réponse. Les jeunes filles du pays de la Hague disent en laissant échapper un pépin serré entre leurs doigts :
Pepyn d'amount, pépin d'ava* Dis-mé par où qu'men bouen amyn vieyndra.
En Haute-Bretagne, les garçons font cette épreuve en disant :
Pépin ici, pépin ila,
Où que l'petit pépin là ira
La bonne amie sera.
Dans le pays wallon et en Normandie, on récite une formulette
1. Ferdinand Fabre. Les Courbezon. Paris, 1862, in-18, p. 123-124.