LE BATON QUI REVERDIT
côté de la haie qui appartenait à son voisin '. On raconte aux environs de Dinan qu'à l'endroit où fut trouvé le cadavre d'un cultivateur mort subitement a poussé une énorme touffe de genêts ; par les plus beaux jours, quand il ne fait pas un souffle d'air, la touffe est secouée comme par un vent violent, dès que la femme ou les enfants du défunt entrent dans le champ 2.
Un petit garçon qui va porter une lettre au Paradis voit sur sa route, outre lesarbresquise battent, cf p. 429, trois pommiersdontl'un est chargé de belles pommes mûres, un autre de pommes à peine formées, et un troisième qui est couvert de fleurs ; le premier représente l'homme dans la force de l'âge, le second l'enfant qui vient de naître, le troisième le germe dans le sein de la mère. Lorsque Tregont-à-Baris voyage vers le Soleil, un homme le charge de lui demander pourquoi un arbre de son jardin est desséché d'un côté tandis que l'autre produit des fruits ; le Soleil lui révèle que sous le côté stérile se trouve une barrique d'argent 3.
Les vies des saints parlent fréquemment de bâtons qui reverdissent : parfois ils attestent le passage d'un bienheureux, comme le « haut et grand olme lequel communément on nommoit l'arbre de sainct Martin, pour ce qu'ainsi estoit creu un bourdon que jadis sainct Martin y planta » ; ou bien ils ont abrité un bienheureux fatigué du voyage ; c'est ainsi que saint Gudwal s'étant endormi après avoir fiché le sien en terre, le vit à son réveil transformé en un arbre touffu * ; d'après une légende saintongeaise les chevaliers français compagnons de saint Louis qui, le soir de la victoire de Taillebourg, avaient fiché leurs lances en terre, les virent en se réveillant chargées d'une épaisse frondaison. \ la prière d'un bienheureux notre Seigneur reverdit tellement un arbre devenu sec tant il était vieux, qui se trouvait au milieu d'un cloître, qu'il jeta écorce et feuille nouvelle contre le cours de nature 5.
Ce miracle accompagnait aussi le martyre des saints ou la découverte de leurs reliques : les lances de ceux qui avaient tranché la tête de saint Volusien devinrent des frênes tout verts qui depuis, par vertu divine, ne purent mourir. Le jour où saint Silve découvrit dans l'abbaye de Saint-Acheul le corps de saint Firmin, les arbres se chargèrent de feuilles et de fleurs, bien que l'on fût au cœur de l'hiver. Il en fut de