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LES ANIMAUX GUÉRISSEURS

sept taupes vivantes, avant d'avoir mangé de la soupe de graisse, a la faculté de faire disparaître le ver-taupe en pressant la partie malade en plusieurs sens1. Dans le Bocage normand, celui qui a pris à la main une taupe blanche guérit les tranchées par l'imposition des mains. En Poitou, pour qu'un enfant puisse toucher du ver-taupe, il faut mettre une taupe dans son maillot, de façon qu'il l'étouffé; en Berry, pour panser du venin, il est nécessaire d'en avoir étouffé trois dans sa main gauche. Dans les Vosges, on prévient l'apparition de la fièvre en faisant le malade écraser entre ses doigts une taupe vivante; en Wallonie, on guérit de la transpiration en en laissant mourir une dans ses mains. Les pattes de cet animal que les adultes portent au cou dans un sac de flanelle rouge, comme préservatif contre les maux de dents, devaient suivant la croyance liégeoise, lui avoir été arrachées de son vivant, de même que la langue de renard qui était employée contre l'érysipèle ; on la faisait bénir en l'honneur de sainte Bose, et on en plaçait un morceau sur la partie malade2.

Le sang de taupe est efficace contre diverses affections ; en Poitou on l'introduit dans l'oreille pour guérir la surdité, en Haute-Bretagne, on en frictionne les cors, les verrues et les loupes3. Au XIVe siècle on conseillait contre les excroissances un remède qui ne semble plus usité : Pour lantilles outer, prenez sanc de lièvre, si les en oignez, si s'en iront *. On se préserve du mal de dents en Haute-Bretagne en portant sous l'aisselle gauche une patte de lièvre ou de lapin, à Marseille en mettant dans sa poche deux pattes de taupe. Dans la Loire-Inférieure on place sur la tète des nouveaux-nés, pour leur donner de la force, une peau de taupe ; dans les Deux-Sèvres elle empêche les enfants d'uriner au lit ; et l'on se sert encore très souvent de la peau de lapin posée à cru sur l'endroit douloureux 5.

Certaines parties de mammifères sauvages sont fréquemment employées pour faciliter l'éruption des dents ou préserver les enfants des convulsions qui l'accompagnent. En Poitou la peau de taupe est placée sous le bonnet; en Normandie, on l'attache autour du cou ; à

1. A. Meyrac. Trad. des Ardennes, p. 188; en Picardie, en étouffant une taupe dans ces mêmes conditions, on préserve ses chevaux de la colique. (Alcius Ledieu. Trad. de Demuin, p. 76) ; F. Pluquet. Contes de Bayeux, p. 45; Laisnel de la Salle. Croyances du Centre, t. I, p. 298.

2. J. Lecoeur. Esquisses du Bocage, t. II, p. 118; B. Souche. Croyances, p. 21 ; Laisnel de la Salle. Croyances du Centre, t. I, p. 291 ; L.-F. Sauvé. Le F.-L. des Hautes-Vosges, p. 268; J. Defrécheux. Voc. de la Faune wallonne, p. 102; Aug. Hock. Croyances, etc. de Liège, p. 161, 170.

3. B. Souche. Croyances, p. 26; Paul Sébillot. Trad., t. II, p. 123.

4. P. Meyer et Ch. Joret. Recettes médicales en français publiées d'à. le M. d'Evreux, in Romania, t. XVIII, p. 573.

5. Paul Sébillot, 1. c, p. 101; Régis de la Colombière. Les cris de Marseille, p. 268 ; lieu, des Trad. pop., t. XV, p. 589 ; Léo Desaivre. Croyances, p. 8, 11.

30 LÈS Mammifères sauvages

Marseille mi met un collier compose de ses pattes; en Loir-et-Cher elles doive ni être au nombre de quatre; en Franche-Comté, une seule su lli t. pourvu que la bête ait été prise sans que l'on sût à quoi elle était destinée. En Loir-et-Cher les pattes doivent provenir d'une taupe étouffée de la main gauche, et qui n'ait pas encore eu de petits1. En llaiiiaut. on coud en croix deux pattes de devant dans un sac de flanelle ; dans les Deux-Sèvres elles sont placées en croix sous le bonnet «le l'en faut : dans la Meuse on met dans un sachet le museau et les pattes d'une taupe trouvée sans la chercher. Dans la Suisse romande uu collier de dents de renard, en Forez un collier de dents de loup, eu Berry, une seule dent de cet animal facilitent la dentition \

L'usage de frotter, de temps en temps, avec de la cervelle de lièvre, les gencives des enfants pour que les dents sortent sans douleur est assez répandu ; au XVIe siècle, on la faisait bouillir au préalable. On lui attribue encore une autre vertu :

Cervelle de lièvre mangée

Guérit la crainte et tremblement.

Ce même remède est employé dans le pays de Liège contre les frayeurs et les rêves agités des nourrissons 3. La recette ainsi formulée au XIVe siècle : « Ceus qui ne puent tenir leur orine boivent cervelle de lièvre o vin » est encore usitée dans les Vosges où l'on soulage l'incontinence d'urine à l'aide d'un verre de vin bu à jeun, dans lequel on a délayé une cervelle de lièvre crue ; en Vendée un fil trempé dans du sang de taupe et porté en collier en guérit les enfants 4. Les rats et les souris que l'on fait manger le soir en fricassée ou rôtis à ceux qui arrosent leur lit les débarrassent de cette infirmité. En Auvergne, pour que le remède opère, il faut que le patient ne sache pas de quoi il est composé ; en Vendée une queue de lièvre est efficace coutre l'incontinence d'urine; en Normandie, on fait manger des souris aux enfants pour les guérir de la coqueluche !;.

1. B. Souche. Croyances, p. 26; Fr. Pluquet. Contes de Bayeux, p. 45; Régis de la Colombièrc. Cris de Marseille, p. 268; F. Houssay, in Rev. des Trad. pop., t. XV, p. 381 i Loir-et-Cher) ; C. Roussey. Glossaire de Bournois, p. 16.

2. Alfred Ilarou. Le Folklore de Godarville, p. 32; Léo Desaivre. Croyances, p. 8; H. Labourasse. Anciens us. etc., de la Meuse, p. 151: A. Ceresole. Légendes des Alpes vaudoises, p. 340 ; Noëlas. Trad. foréziennes, p. 205 ; Laisnel de la Salle, Croyances du ('entre, t. I, p. 297.

3. L.-F. Sauvé. Le F.-L. des Hautes-Vosges, p. 36; B. Souche. Croyances, p. 26 ; A. Bidault. Superstitions du Moruan, p. 35 ; Maison rustique, 1597, 1. VII, ch. 35, 1 1. 79 Ce remède figure dans la Médecine des pauvres, dont la première édition remonte à 1674 ; Dufour de la Crespelière. Commentaire de V Ecole de Salerne, 1671, p. 79; Aug. Hock. Croyances du pays de Liège, p. 55.

i. P. Meyer et Ch. Joret, in Homania, 1889, p.' 575 ; L.-F. Sauvé, 1. c. p. 272; Jehan <\k la Chesnaye, in Iiev. des Trad. pop., t. XVIII, p. 462.

5. J.-B. Andrews, ibid. t. IX, p. 261 ; J. Derrécheux. Voc. de la Faune wallonne, p. 221 ; D» Pommerol, in Hev. des Trad. pop., t. XIII, p. 548 ; Jehan de la Chesnaye, 1. c. ; F. Pluquet. Contes de Bayeux, p. 45.

LES anduux guérisseurs ol

La médecine traditionnelle use de la graisse de plusieurs mammifères sauvages ; dans les Ardennes et en Picardie, on cicatrise les crevasses en les enduisant avec celle de la taupe ; mais elle est moins renommée que celle du blaireau qui, en Limousin et dans le Finistère, constitue une sorte de panacée, et qui en Haute-Bretagne, dans le Mentonnais, et en Hainaut, est souveraine pour les foulures, les rhumatismes, etc.1. « Le sayn (graisse) de la marmotte » qui figure au XIII0 siècle parmi les remèdes du Diz de l'erberie est restée en usage dans le Mentonnais et dans les montagnes provençales pour la guérison des rhumatismes. Dans le pays de Liège on se sert, contre Thydropisie, la gravelle et la jaunisse de la cendre du poil de lièvre mêlée avec du vin blanc -.

La blancheur, la gentillesse et la solidité des dents des petits rongeurs a peut-être suggéré les coutumes suivantes : En Limousin les bonnes femmes disaient aux enfants de ramasser leurs dents de lait dans la charpente où les rats viendraient les chercher et leur donneraient de jolies petites dents en échange. En Poitou, l'enfant dit en déposant sa dent dans un trou de muraille : « Petite souris, je t'apporte une de mes dents, donne-m'en une autre » ; une formulelte analogue est usitée en Béarn. Aux environs de Saint-Méen (Ille-et- Vilaine) quand les gencives sont trop dures, on les incise avec la pointe d'une dent de loup abattu par un temps de neige 3. La friction de pattes de taupe est employée en Haute-Bretagne pour faire disparaître les boutons de la bouche. En Hainaut, pour guérir les coliques, on rôtit les pattes de devant d'une taupe, qu'on a préalablement écorchées, puis après les avoir fait macérer quelque temps dans de l'eaude-vie, on boit la liqueur4. Dans le Mentonnais, une peau de rat guérit la morsure de ce rongeur 5.

Les souris vont, dit-on dans le Finistère, chercher dans la mer une pierre qui a le privilège de faire disparaître de l'œil sur lequel on l'applique la poussière ou les corps étrangers; elle ne se trouve que dans les nids de souris où il y a trois, cinq ou sept petits ; dans les Côtes-du-Nord, on dit que les mêmes souris la font toucher à leurs petits, qui sans cela resteraient toujours aveugles6.

1. A. Meyrac. Trad. des Ardennes, p. 188; Alcius Ledieu. Trad. de Demuin, p. 16 ; M. M. Gorse. Au bas pays de Limosin, p. 302 ; H. Le Carguet, in Reo des Trad pop., t. XIX, p. 26; Paul Sébillot. Trad. t. II, p. 33; J.-B. Andrews, in Rev. des Trad. pop., t. IX, p. 262 ; A. Ilarou. Le F.-L.de Godarvllle, p. 16.

2. Kutebeuf. Œuvres; éd. Jubinal, t. I, p. 57, t. III, p. 183; J.-B. Andrew? 1. c. • F. Mistral, Trésor ; Aug. Hock. Croyances et remèdes, p. 55.

3. B. Souche. Croyances, p. 37. V. Lespy. Proverbes de Béarn, Ire éd. p. 86 ; Béronie. Dict. du patois limousin; Paul Sébillot, in l'Homme, 1886, p. 432, article sur les dents de lait.

4. Paul Sébillot. Additions aux coutumes, p. 33 ; A. Harou. Le F. I. de Godarville, p. 20.

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