LÉGENDES DIVERSES
de la récolte, et la sainte put facilement s'y cacher1. A Lussae-les- Châteaux (Vienne) c'est le diable qui poursuit deux petits enfants ; ceux-ci disent à un laboureur qui semait de venir le lendemain là couper ; le lendemain l'avoine était mûre, et quand le diable lui demanda s'il n'avait pas vu deux enfants, il répondit qu'ils étaient passés le jour où il semait son avoine2. Saint Cornély fuyant devant les soldats, arriva près de cultivateurs qui ensemençaient un champ, et ne trouvant aucun autre refuge, il se cacha dans l'oreille d'un bœuf ; les soldats rencontrant quelques heures plus tard les laboureurs, leur demandèrent s'ils avaient vu l'homme qu'ils cherchaient. « Oui, répondirent-ils ; il a passé près de nous au moment où nous semions nos blés. » Les soldats en arrivant au champ indiqué virent les blés levés et s'imaginant qu'on s'était moqué d'eux, ils mirent fin à leurs recherches 3.
Des plantes donnent un grand pouvoir à celui qui les possède. Un pois, une graine de chènevis sont des talismans qui permettent de se procurer tout ce que l'on désire ; un bouquet de giroflées donné par une fée à la princesse Carpillon fait que son ennemi ne la reconnaîtra pas \
La plante qui monte au ciel figure dans un grand nombre de contes : le plus ordinairement, c'est une fève5 : mais on rencontre aussi des haricots, des pois, et même, en Haute-Bretagne, un lys. Dans un conte haut breton, c'est une fève magique qui donnait tout ce qu'on voulait, et qui plantée dans le jardin va jusqu'au ciel ; quand l'homme se sent mourir il grimpe tout au long et arrive au Paradis 6.
Suivant une légende dont plusieurs variantes ont été recueillies en Wallonie, des nains enrichissaient petit à petit, en portant un à un des épis dans les greniers, des paysans, puis les appauvrissaient de même pour les punir de leur ingratitude 7. Plusieurs récits parlent de
1. V. Smith, in Rornania, t. VIII, p. 419; Léo Desaivre. Gargantua en Poitou, p. 2, et 3 ; la seconde légende est empruntée à Th. de Bussière, Hist. de sainte Radegonde, 1850, introduction.