LE LOUP ET LOURS DUPÉS
il ne peul sortir ; dans un conte poitevin, le merle fait prendre au piège son compère qui l'a trompé '.
Le loup est souvent représenté comme un naïf qui devient la dupe, non seulement du renard, mais de faibles animaux ; quelques-uns de ceux-ci emploient des ruses qui rappellent celles auxquelles le renard se laisse prendre. En Lavedan le troglodyte avalé par un loup ne cesse de crier dans son ventre : Parjure! le loup ouvre la gueule pour dire qu'il s'en moque, et le petit oiseau profite de cette circonstance pour lui échapper; dans un conte basque, un âne demande au loup de lui laisser entendre une messe avant de mourir ; dans un autre récit de ce pays figurent des ânes, des chevaux, une truie et un cochon, et finalement des chèvres, qui le font entrer dans une église, et lui persuadent de hurler, sous prétexte d'accompagner leur chant ; un petit porc grimpé dans un noyer fait accroire au loup qu'il va lui jeter des noix, mais il lui lance des pierres et lui brise les dents2.
Eu Lavedan, c'est l'ours qui joue le rôle de victime ordinairement rempli par le loup : un berger lui jette un chaudron au nez, des chèvres lui persuadent de leur aider à chanter les petites vêpres, (le bouc d'un coup de corne le jette dans le ruisseau), une jument lui dit qu'elle a une lettre sous la queue, et lui lance une ruade, une truie le saisit par la queue et, le faisant tournoyer, le lance dans la cave 3.
Nombre de contes parlent d'animaux domestiques qui, voyageant de compagnie et se gardant du loup, parviennent par ruse à triompher de lui ou même à le tuer1. Parfois ils pénètrent dans une maison d'où les loups (et quelquefois les voleurs) sont absents ; lorsque ceux-ci reviennent, ils sont malmenés ou épouvantés par leurs hôtes et se retirent, croyant avoir affaire à des êtres surnaturels5. Des cochons, des chèvres, des poules, etc., échappent au loup ou au renard en se cachant ou en construisant une petite maison 6. La chèvre recommande à ses biquetons
1. Paul Sébillot. Contes, t. 1, p. 333 ; J.-F. Bladé, t. III, p. 20!i ; Paul Sébillot, t. III, p. 366 ; M. Cauiélat, in Mélusine, t. X, col. 87 et suiv. ; R.-M. Lacuve, in Rev. des Trad. pop., t. IV, p. 34 ; Renart, br. XI, v. 1300 et suiv.
2. M. Camélat, xnMélusine, t. X, col. 258 ; W. Webster. Rasque Legends, p. 45; J.-F. Cerquaod. Lég., t. IV, p. 140 ; Gb. Roussey. Contes de Rournois, p. 91. Dans un conte du Doubs, le loup mange l'âne après que celui-ci lui a joué maints tours (Gh. Roussey, p. 97 et suiv.).