‹ Le folk-lore de FranceChapitre 10 sur 403 · Paul Sébillot, t. I, p · texte numérisé non relu

Paul Sébillot, t. I, p

naturelles : d'après une légende des environs de Saint-Malo, le sorcier qui a perdu son moulin magique plonge de temps en temps pour le retrouver, et c’est quand il nage que la mer est violemment agitée ?. Sur la côte de Paimpol, les gens noyés sans être en état de grâce sont condamnés à travailler au fond de la mer; ce sont leurs mouvements qui produisent les vagues et l’on dit quand la mer est houleuse, bien qu'il ne fasse pas de vent: « Les noyés se remuent ; ils travaillent à faire trembler la mer? ».

Les perturbations de la mer sont parfois causées par des actes en rapport avec l'amour. Au xv° siècle, on disait : Qui prend sa commere par mariage, toustefoiz qu'ils se conjoindent charnellement, il fait orage en terre ou en mer’. Dans son livre Jean Bart et Louis XIV, Eugène Sue fait dire à un vieux pilote breton qu'il y aura une tempête parce qu'un homme de son village se marie avec sa commère. Une légende de l'ile de Sein raconte qu'un seigneur de la terre ferme emmena à son château de Kerglas, une ilienne (femme de l'ile de Sein), avec laquelle il s'était fiancé ; on se moqua d'elle, et Le seigneur voulut la reconduire à son île ; mais aucun pêcheur ne consentit à les prendre dans son bateau, prétendant que la mer était en colère à cause de ces fiancés si mal assortis “. En face de Saint-Jean du Doigt, la mer devenait aussi furieuse dès qu’elle apercevait femme ou fille *. La note, très brève, ne dit pas pourquoi la présence de personnes de ce sexe lui était ainsi odieuse ; peut-être fallait-il qu’elles fussent en état de nudité. On croyait en Basse-Bretagne vers le milieu du xix° siècle, qu'un ouragan s'élevait si un marin avait le malheur de voir une sirène nue ‘.

Les actes de violence à l'égard de ces génies maritimes étaient promptement suivis d’une punition : un homme de Douarnenez s'étant avancé pour saisir une sirène qu'il voyait sur les rochers du Raz, elle se précipila dans la mer, et un effroyable coup de vent jeta vingt bateaux à la côte ?. D'après une croyance bretonne que je ne trouve que dans un livre assez suspect, si la rame d’un pêcheur frappait, même involontairement, une sirène, il s'élevait aussitôt un ouragan terrible À. Suivant une idée encore assez répandue dans le sud du Finistère, le chant de « Marguerite Mauvais temps » (la sirène), fait enfler la mer. Sur la côte de Tréguier, c'étaient les Dud-vor, hommes de mer, ou

Page 1