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LES NAVIRES ENFERS OU PARADIS

équipage de damnés, composé de tous les « faillis » matelots, des coquins morts sous la garcette pour vol à bord, des lâches qui se sont cachés pendant les combatst. A l'île d'Arz, à l’île aux Moines et dans quelques autres localités du Morbihan, il est assez souvent parlé de vaisseaux de haut-bord montés par des hommes et par des chiens de taille gigantesque. Ces hommes sont, paraît-il, des réprouvés dont la vie a été souillée par des crimes; les chiens sont des démons préposés à leur garde el qui leur font endurer mille tortures. Sans cesse les vaisseaux maudits sillonnent les flots, passant d'une mer dans l’autre sans entrer dans aueun port, sans jeter l'ancre jamais, et il en sera ainsi jusqu’à la fin du monde. Il ne faudrait pas qu'un navire se laissât aborder par eux : l'équipage serait enlevé en un tour de maïn et disparaitrait sans laisser de traces. Les commandements à bord des vaisseaux maudits se font au moyen de conques marines dont le bruit strident s’entend à plusieurs milles de distance. Il est donc facile de ne pas se laisser surprendre. On n’a d’ailleurs rien à craindre si, à la première alerte, on se hâte d'entonner l’Ave maris stella et de se recommander aux saints du pays, principalement à sainte Anne d’Auray?.

D'après un récit qui figure dans un recueil de nouvelles, mais que l'auteur tenait d’un matelot breton, son parent, d'étranges bateaux accueillaient parfois à leur bord les vieux marins, qui ne semblaient pas du reste fâchés de s’y embarquer. On disait autrefois sur la côte de Morlaix que les navires perdus s'en revenaient courir des bordées avec leurs équipages de trépassés, et qu'ils prenaient souvent à contre-bord les bateaux qui étaient à la cape. Ces bateaux ont grandi, si bien qu'un petit caboteur est au bout de quelques années de la taille d'une forte goëlette. Un vieux marin racontait qu'il faisait partie de l'équipage d'un brick qui s'élait défoncé sur la chaussée de Sein, et que seul il avait survécu, ayant été jeté, il ne savait trop comment, sur la grève. Il disait que depuis, il avait plusieurs fois rencontré son brick dans ses voyages lointains, mais qu'à chaque fois il l'avait trouvé plus grand. Quand je le reverrai, ajoutait-il, ce sera un vaisseau à trois ponts, et au lieu de mourir dans mon lit, je naviguerai pendant l'éternité.

Suivant des croyances constatées dans un assez grand nombre de pays, les âmes, une fois séparées du corps, ne peuvent franchir un cours d'eau, sans l’aide d’une barque ou d’un pont. C’est pour le

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