‹ Le folk-lore de FranceChapitre 107 sur 403 · L.-F. Sauvé, in Mélusine, t. 11, col · texte numérisé non relu

L.-F. Sauvé, in Mélusine, t. 11, col

3. Félix Frank. La Danse des fous. Paris, 1885, in-18, p. 215-220.

Le Grand Chasse-Foudre est parfois considéré comme une espèce de Paradis à l'usage des bons matelots, qui y ont tout à souhait; c’est la contre-partie du Voltigeur hol.andais (A. Jal. Scènes de la vie maritime, t. 1, p. 97).

salaire du batelier que même en France, à des époques récentes, on plaçait une pièce de monnaie dans la main du défunt’. D'ordinaire, l'endroit où alieul'embarquement, individuel, et le plus souvent collectif, n'est pas désigné; mais en Haute-Bretagne, on connaissait au milieu du siècle dernier, dans l'estuaire de l'Arguenon, uue petite anse où un bateau abordait assez fréquemment pour remplir un rôle analogue à celui de la barque à Caron: Les vieilles femmes racontaient encore, il n'ya guère plus de trente ans, qu'il se rendait la nuit aux ruines du château du Guildo, et qu'il y prenait, pour les passer sur la rive opposée, les âmes des morls qui s'y élaient rassemblées pour l'attendre, La conservation de celte légende tient peut-être à cette circonstance que, depuis un tempsimmémorial, il y avait, un peu plus bas en amont, un bac qui, à mer haute, transportait les voyageurs : avant la Révolution, ce privilège appartenait aux moines d'un couvent voisin, et jusqu'à la construction du pont, vers 1860, le service a toujours fonctionné, de nuit comme de jour?.

Des traditions analogues existaient probablement ailleurs, et peut-être s’en raltachait-il une à un petit bras de mer, sur la rivière de Tréguier, qu'on appelait le Passage d'Enfer.Dans les premières années du XIX°siècle, on y embarquait les morts de la commune de Plouguiel, au lieu de les porter par terre au cimetière, bien que le trajet fût moins long par cette dernière voie’. Tout en observant un usage motivé par un rite traditionnel, ou par l'état des chemins, les gens de cette paroisse pensaient peut-être qu'en mettant une étendue d’eau entre eux et leurs défunts, ceux-ci ne pourraient plus venir lesimportuner sousl’aspectde fantômes.

Dans plusieurs récits non localisés, figure un batelier qui semble chargé de passer les gens qui, sans être morts, ont le privilège de pénétrer dans un monde merveilleux séparé de celui des hommes par une élendue d'eau. Il est assujetti à cette tâche jusqu'au jour où sera accomplie une condilion qu'il ignore; il prie le voyageur de s'en informer et de la lui dire à son relour; mais comme celui-ci a appris que le passeur ne sera relevé de son office que s'il est remplacé par quelqu'un, il ne lui revèle cette particularité qu'une fois débarqué sur l'autre rivage, où il n'a plus à craindre d'être forcé de prendre la place de ce Caron malgré lui. Le plus habituellement ce bac est sur une rivière ; mais dans un conte de Basse-Bretagne, il flotte sur un bras de mer analogue à ceux qui, sur les rivages de ce pays, s’enfoncent assez souvent dans l'intérieur des terres #.

. Paul Sébillot, in Rev. des Trad. pop., t. XV, p. 630 et suiv. 2. Paul Sébillot. Légendes locales, t. I, p. 58. 3. À, Baudoin, in Académie Cellique, t. 11, p. 141.

. F. M. Luzel. Contes de Basse-Bretagne, t. 1, p. 103, 105.

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