LES BATEAUX DES SORCIERS
se servent de ce moyen de navigation semblent avoir le pouvoir de donner à leur vaisseau l'apparence d’un beau navire. On raconte qu'il y à bien longtemps un homme du voisinage de la baie de La Perelle, venu dès la pointe du jour, le lendemain d'une tempête, pour ramasser du varech, aperçut sous la lumièré encore incertaine, un grand navire qui s’approchait de la côte ; il le regarda avec attention, s'attendant à tout moment à le voir se briser sur un des rochers de ces parages dangereux. À son grand étonnement, le navire en approchant du rivage diminuait rapidement de volume. A la fin, il aborda près de l'endroit où l’homme se trouvait, et alors il était réduit à la dimension de ces petits bateaux avec lesquels les enfants s'amusent sur les mares. Un homme, de la taille d'un lutin, avait pris pied sur le rivage, elle paysan s’aperçut que le navire avait alors la forme d'une omoplate de mouton enveloppée dans une masse de varech roulé !,
Des récits populaires sur les côtes de la Méditerranée, en Corse, dans le Mentonnais, en Languedoc et en Roussillon, mais que l'on n'a pas jusqu'ici relevés, en France du moins, sur celles de l'Océan, racontent que des barques sont transportées, par un pouvoir magique, à une grande distance de leur port, soit à travers les airs, soit, plus habituellement, sur les flots qu'elles traversent avec une rapidité ver- Ligineuse : ce sont des sorcières qui les empruntent pour se rendre en Italie, comme dans un récit mentonnais, ou plus ordinairement en Égyple ou dans des contrées lointaines; parfois aussi le bateau va aborder à une île voisine du rivage. Il part de lui-même lorsqu'une des femmes lui en a donné l'ordre par une formule magique où elle doit indiquer exactement le nombre des passagers. Dans toutes les versions, il ne bouge pas, parce qu'un pêcheur, dont elle ignore la présence, s'est caché à bord. La sorcière, croyant qu'une de ses compagnes esl enceinte, répèle sa phrase en ajoutant une unité, et le bateau traverse la mer en quelques instants. Lorsque les sorcières ont accompli, à l’endroit où elles débarquent, des œuvres de vampirisme, dansé ou comploté des métamorphoses, la même formule les fait revenir au port d'attache de la barque. Le pêcheur qui, comme preuve de son voyage, a cueilli dans la contrée lointaine où le bateau a abordé une plante ou un rameau d'arbre, finit par découvrir que ces femmes sont des pêcheuses du pays ?.
On peut rattacher aux navigations extraordinaires, quoi qu'il ne s’agisse pas à proprement parler de bateaux, la légende suivante, po-
1. Edgar Mac Culloch. Guernsey Folk-Lore, p. 298, 380-381. 2. J.-B. Andrews. Sfories from Mentone, in Folk-Lore Record, t. TII, p. 42: Julie Filippi,-in Revue des Trad. pop., t. IX, p. 458; L. Lambert. Contes populaires
du Languedoc, 1892, p. 148 ; Horace Chauvet. Légendes du Roussillon, p. 47 et 51 ; cf, sur ces légendes Paul Sébillot. Le Folk-Lore des Pécheurs, p. 361-366,
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pulaire dans toute la partie de la côte provençale, du cap Garoupe à Monaco. Les bonnes femmes racontent que la Vierge de leur voisinage entretient des relations d'amitié avec la Vierge Noire du Cap Corse. Tous les ans, cette Vierge provençale confie à la mer un petit baril d'huile qui va en Corse, tandis que l'autre sainte envoie de la même manière surnaturelle un barillet de cire à son amie de Provence.
1. Bérenger-Féraud. Superstitions el survivances, t. 1V, p. 206.
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