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ACTES EN VUE DES CÔTES 165 chercher la châsse de saint Galderice, et le clergé de Perpignan, accompagné d'une foule de peuple, la portait sur le’bord de la rivière de Tet, où le buste du saint était plongé dans l’eau. Quand il arrivait, ce qui était assez fréquent, qu'il n'y avait pas une seule goutte d’eau dans le lit de la rivière, la procession parlait, de grand matin, de Perpignan, et les paroisses voisines, prévenues de la cérémonie, se rendaient processionnellement sur le bord de la mer, où les reliques étaient baignées. En 1470, on vit sur la plage vingt-huit croix processionnelles ; la coutume semble avoir disparu au commencement du X VIE siècle !.
Les consultations amoureuses, si fréquentes au bord des fontaines, parraissent rares au bord de la mer; jusqu'ici on n'en connait qu'un exemple, qui est peut-être tombé en désuétude. La veille de la miaoût, les jeunes filles du Croisic se rendaient encore, il n’y a pas très longtemps, à la baie des Bonnes Femmes, et elles jetaient dans la mer une épingle qui, suivant la façon dont elle s’enfonçait dans l’eau, leur indiquait si elles étaient destinées à se marier dans l’année ?.
Les marins, et surtout les pêcheurs, accomplissent aussi en vue des côtes, certaines cérémonies par lesquelles ils pensent s'assurer la protection de divinités dont le sanctuaire s'élève sur le rivage. Versle milieu du XIX° siècle, lors d’une fête de la Vierge, les bateaux pêcheurs de la côte de la Vierge, aux environs de Fécamp, quittaient le havre qui leur servait d’abri, au moment où le soleil'étail prêt à se noyer dans les flots, et ils glissaient au large jusqu'à l'endroit d’où ils pouvaient apercevoir la pelite chapelle construile sur le mont qui domine la ville, puis après une courte prière, ils regagnaient le rivage, persuadés que la Vierge, en les bénissant, avait éloigné tout malheur de leurs bateaux *. Dans cet exemple, ainsi que dans le suivant, la statue était réputée voir, comme si elle eût été vivante, ceux qui s'adressaient à elle. Il y avait dans l’église d’Etrelat, à gauche de l'autel, une statue de Saint Sauveur, placée de telle sorte qu'un homme, dans la même situation, verrait parfaitement la porte d’amont etles bâtiments qui la rasent pour entrer dans la baie. C'était pour les marins un grand sujet de confiance que; de se savoir ainsi sous les yeux de leur saint favori, et c'était devant lui que les femmes faisaient le plus volontiers brûler
1. Henry. Guide en Roussillon Perpignan, 1842, p. 122-124. 2. H. Quilgars, in Rev. des Trad. pop., t. XVI, p. 361. 3. La France maritime, t. 1V, p. 94.
de petites chandelles. Le curé le fit enlever, el le jour de la bénédiction de la mer, les marins annonçaient tout haut qu'ils n'iraient pas à la mer, tant que le Saint ne serait pas remis à sa place, parce que privés de son regard protecteur, ils n’élaient pas sûrs de rentrer dans la baie !.
Les pêcheurs de Boulogne récitent une prière en face du calvaire à la sortie du port, et une autre en passant au large de la chapelle de Jésus flagellé?. Les marins bretons faisaient jadis des signaux de pavillon, parfois même des salves d'artillerie, en l'honneur de certaines chapelles du rivage, telles que Notre-Dame de Guéodet, Notre-Dame de la Clarté (Côtes-du-Nord) et Notre-Dame de Bon Voyage en Plogoif (Finistère). Naguère encore lorsqu'un navire était monté par des Lorientais, l'équipage n'élait pas content si l'on ne tirait pas trois coups de canon en passant devant Notre-Dame de la Garde en Plémeur ; sur la côte du Morbihan, l'usage était de chanter un Ave maris stella, quand on se trouvait en vue d’une chapelle ou d'une croix dédiée à Sainte-Anne *.
La pratique qui suit, relevée dans une des iles de l’archipel normand, est purement païenne. À la pointe de Jerbourg à Guernesey, les gens appellent Le Petit Bonhomme Andrelot, ou Anerio, un grand rocher en forme d'aiguille. Il se nomme aussi Le Petit Bonhomme Andriou ; cerlains disent que, de loin, il ressemble à un moine et les enfants du voisinage disent en proverbe « Andriou, tape toul » c'est-à-dire « Andriou veille sur tout », ou regarde tout. Les pêcheurs et les pilotes qui fréquentent ces parages lui montrent leur respect en ôlant leur chapeau, et ils ont soin de faire observer cet usage aux étrangers qui sont à leur bord. Autrefois, suivant une coutume assez répandue, avant d'appareiller, ils offraient un biscuit ou un verre de vin ou de cidre au « Bonhomme » et s'ils avaient quelque vêtement usé, ils le Jelaient à la mer. Les pêcheurs ont l'habitude de saluer d'autres rochers de la côte, sans qu'ils puissent en donner la raison ; il n’est pas impossible que l'hommage rendu par les petites barques qui abaissent leur haut mât en passant devant la petite île de Lihou, ait pour origine la même superstition, bien que l’on suppose généralement qu'il avait pour but d'honorer la Sainte Vierge, dont on voit encore la chapelle sur l'ile *. Lorsque les pêcheurs de Saint-Jacut passaient en bateau devant un rocher du Chevet de l'Isle, qui a un peu l'aspect d’une statue, et qu'ils nomment Haouaouaw, ils se découvraient en disant :