‹ Le folk-lore de FranceChapitre 12 sur 403 · Cambry, 1. c., p · texte numérisé non relu

Cambry, 1. c., p

Quelquefois, les vagues signalent aux gens les dangers qui les menacent: un jour que des pêcheurs de Plévenon (Côtes-du-Nord) étaient à la pêche lors de la fête de la mi-Août, ils virent s'élever tout à coup devant eux une lame haute comme une montagne, qui toutefois ne leur fit pas de mal ; ils crurent que c'était un avertissement que leur donnait la Vierge et ils se hâtèrent de regagner le port.

Dans une légende bretonne qui raconte un voyage au Paradis, celui qui l’entreprend voit, entre autres merveilles, une mer en fureur qui se dévorait elle-même. Les vagues se soulevaient en énormes paquets d’eau, puis couraient les unes contre les autres avec des abois’ désespérés et des bonds effrayants de bêtes. À son retour, il apprend que ces vagues sont les gens mal mariés ou unis contre leur gré, qui se murdent sans cesse jusqu'à ce qu'ils se soient entre-tués ?.

Quelques-uns des aspects de la mer, et principalement celui de l'écume dont elle se couvre dans la partie qui touche la rive, ont suggéré des assimilations à des opérations culinaires. On en rencontre plusieurs dans le pays basque.

Je reproduis textuellement le passage de Chaho, qui a peut-être un peu arrangé les dires populaires. Après les tempêtes, l'Océan remué jusque dans ses profondeurs, fait l'effet d’un bouillon gras onctueux au toucher. La fée Amigna vient, dit-on, de faire bouillir son potau-feu. Lorsque la mer monte, et tant que la mer bat son plein, l'Océan rejette sur la plage des débris de matières végétales et animales, il charrie comme une espèce de limon, une écume jaunâtre qui trouble l'eau et la salit. La fée Amigna ia pas encore écumé son pot-au-feu. Quand la mer commence à descendre, les matières qu’elle chassait avec elle tendent à retomber au large, on les voit bientôt descendre, s'éloigner et disparaître au loin, L'eau du rivage se trouve ainsi purifiée à une grande distance, phénomène sensible à la vue. La fée Amigna a trempé sa soupe, et quand le bouillon est servi, il faut le boire pour que la fée ne se mette pas en colère*. Les pêcheurs des environs de Saint-Malo ont aussi une explication semifacétieuse de l’écume qui rentre dans cet ordre d'idées ; lorsque, surtout pendant l'été, la mer en est couverte, ils disent que les poissons mangent gras et qu'ils écument leur soupe #.

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