LA MARÉE ET LES MIRACLES
Les croyances relatives aux causes de la marée n'ont guère été relevées en France que sur les côtes de Bretagne: la mer ne peut monter dans un endroit sans baisser immédiatement sur le côté opposé, et réciproquement, comme l'eau contenue dans un vase ; dans l’intérieur on dit même qu'au moment du reflux, l’eau se retire dansles airs, et qu'elle est six heures dans le ciel et six heures sur la terre ; certaines personnes du littoral prétendent, que pendant six heures le soleil absorbe une partie de la mer; il en tire le sel, puis il renvoie l’eau pure qui met six heures à revenir à son niveau ‘. C’est aussi la Lune qui force la mer à aller et à venir à son gré, pour la punir d’avoir envahi le pays où se trouvent les carrières de sel qui, ainsi qu’on l’a vu, p. 7 l'ont fait devenir salée.
Un écrivain du moyen âge, le pseudo-Bède disait que la marée était causée par un grand serpent qui avalait l’eau et la rendait ensuite? ; celte conception était peut-être fondée sur une idée populaire analogue à celle qui subsiste encore sur quelques points du littoral de la Manche, et qui n'est pas exprimée avec une grande netteté : au fond de l'Océan est un puits très profond, habité par une immense Trombe, qui semble, en dépit du nom, une sorte de bête ; elle y attire une partie des eaux de la mer, c'est ce qui produit le reflux, et elle voudrait bien la garder ; mais le dieu du Vent, ami de la mer et ennemi de la Trombe, le force à la rendre toutes les six heures, et c'est ce qui produit Le flux 5.
Plusieurs légendes racontent que lors de certaines cérémonies, ou pour favoriser des personnages agréables au ciel, la marée interrompt son cours natuvel.:A Ploumanac’h (Côtes-du-Nord), le jour du pardon de saint Kirek, lamer recule devant la statue du saint et son oratoire ; à Loaven, elle retarde de monter pendant une heure, afin de donner plus de commodité aux pèlerins qui viennent fêter sainte Liboubane #. Suivant d'anciennes traditions, s'il arrivait qu’elle füt pleine à Concarneau lorsque le Saint Sacrement passait le jour de la Fête-Dieu, elle se relirait pour que la procession pût faire le tour de la ville’. Au moyen âge on prétendait que saint Michel commandait à la mer de laisser passer ceux qui se rendaient à son sanctuaire, ou de s'ouvrir pour épargner les pèlerins que le retour subit de la marée avait surpris.
1. Paul Sébillot. Légendes de la Mer, t. 1, p. 120, 421, t. Il, p. 333, t. 1, p.121; t. Il, p. 51.
2. De constitutione mundi, in Th.-H. Martin. Notions des anciens sur la marée, 1866.