TOME II
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Le Mont, dit Jacques de Voragine, est entouré de l’eau de l'Océan, mais deux fois, le jour de la fête, les eaux se séparent et livrent un chemin au. peuple. Comme les flots revenaient un jour avec un grand bruit, les fidèles se sauvèrent, hormis une femme grosse, mais l’archange la protégea. Elle enfanta au milieu des ondes, et elle s’en revint pleine de joie, la mer s'écartant pour lui livrer passage‘. Le grand saint vint aussi au secours d’un pèlerin qui, se montra peu reconnaissant ; c’est même comme exemple d'ingratitude que ce récit nous a été conservé par un vieux sermonnaire ; un jour que la mer approchait, l'homme se mit à crier: «Saint Michel, délivre-moi du danger et je te donnerai ma vache !». La marée le pressant de plus en plus, il s’écria : « Saint Michel, sauve-moi, et je te donnerai la vache et le veau ! ». La marée l'ayant épargné, il prit pied sur le rivage, et se mit à dire: « Ne la vache ne le veel », Etienne de Bourbon, qui raconte la même anecdote, attribue ce manque de parole à des Bretons qui conduisaient une vache et un veau pour les vendre à la foire ?.
Lorsque Charles de Blois assiégeait Quimper, le flux s'arrêta depuis six heures du matin, moment où commença l'assaut jusqu'à midi, heure à laquelle les soldats du prince s’emparèrent de la ville , Quand Louis XI eut une entrevue amicale avec son frère, le duc de Guienne, près de l'embouchure de la Sèvre, la marée qui, ce jour-là, devait être la plus forte de l’année, fut de quatre pieds moins haute que l'on ne s'y attendait, et le roi fit, tout le premier, observer que Dieu favorisait sans doute cette réconciliation *.
D'après une croyance qui semble peu répandue, et dont quelques exemples seulement ont été relevés, des magiciens faisaient par leur art avancer ou reculer la marée 5. On attribuait ce pouvoir à Michel Scott, et d’après une légende de Guernesey, au prieur de Lihou, qui s'occupait de magie ; un jour qu’il avait confié à son domestique son Grand Mêle, en lui recommandant de ne pas ouvrir ce livre dangereux, celui-ci ne put s’en empêcher, et le prieur qui était à moitié route entre Guernesey et son ilot, fut très surpris de voir la marée monter, alors qu'il croyait encore avoir deux ou trois heures devant lui. Il pensa qu'il y avait là quelque chose de surnaturel, et en regardant vers le rivage, il vit son infidèle serviteur assis sur un tas de goëmons secs, et lisant dans le livre ; il comprit pourquoi la marée s'élevait d’une manière insolite, et il cria à son domestique de lire à rebours ; celui-ci obéit, mais, avant
. Légende dorée, t. 11, p. 153.
. Jacques de Vitry. Exempla, éd. Crane, p. 47, 171.
. Lobineau. Vie des saints de Bretagne, éd. Tresvaux, t. Ill, p. 92-93. . De Barante. Histoire des ducs de Bourgogne, t. 1X, p. 239.
. F.-$S. Bassett. Legends of the Sea, p. 18.