SOURCES DÉPLACÉES OÙ TARIES
n'eut qu à frapper le granit de son pied droit, dont lou daro a gardé l’empreinte!.
On raconte dans la vallée d'Aoste qu'une fée, maltraitée par son mari, s'était changée en serpent et élait venue habiter une caverne à peu de distance d’une fontaine qui était sous sa protection. Des gens ayant vu un serpent en sortir résolurent de l'exterminer; la fée qui connut leur dessein, disparut de cet endroit, mais avant de s'éloigner elle fit tarir la source*?.
Quelques fontaines ont élé déplacées ou laries à la suite du manque de charité des gens du lieu où elles étaient situées : le bon Dieu passant par Grand Han, demanda un verre d'eau à une femme qui venail remplir sa cruche à la fontaine, mais elle le lui refusa durement, ne sachant pas qui il élait. Le bon Dieu lui dit : « Femme peu compatissante, Lu ne puiseras plus de l'eau aussi facilement ! » C’est pourquoi la fontaine de Grand-Han a été transférée à Ouffet5. On donne aux habitants do Septlfontaines (Doubs), le sobriquet de Les couas couas, par imilation du chant du canard, parce que ce village est totalement dépourvu d’eau. Il avait jadis sept fontaines, et des plus abondantes ; mais un jour saint Claude, sous l’habit d’un pèlerin, demanda un verre d'eau : dans sept maisons où il se présenta, il fut éconduit et c'est alors que les sept fontaines tarirent tout d'un coup‘.
Une tradition franc-comloise rapporte ainsi la disparition d’une fontaine : Du fond d'un vallon près de Villers-le-Lac, s'exhale comme une plainte étouffée, le bruit d'une source invisible que l’on appelle la Fontaine du Diable. Un jour le diable vint s'asseoir auprès et approcha de l’eau ses lèvres brûlantes, en laissant à côté de lui le sac où il avait enfermé les âmes dont il s’était emparé. L'ange Gabriel le lui déroba et quand Satan se releva, il ne retrouva plus son sac. Furieux, il frappa la terre de son pied fourchu, avec tant de force, que le sol s’entrouvrit,entrainant la source et le diable dans ses profondeurs. Depuis, quand on est obligé de traverser ce lieu, il est prudent de réciter un Ave el de se signer trois fois. À Châtillon-en-Vendelais, une source qui coulait au pied de la Roche aride, fut à jamais tarie par les chevaux de la légion de saint Georges, altérés à la suite d’une longue lutte contre les suppôts du diable. Suivantune légende alsacienne, un personnage transporta une source entière, à l'aide de son bâton ; avant de s’en aller combattre les infidèles, le chevalier Gangolf dit à sa femme : « Je pars avec
. Laisnel de la Salle. Légendes du Centre, t. I, p. 113.
. J.-J. Christillin. Dans la Vallaise, p. 69-70.
À. Harou, in Rev. des Trad. pop.,t. XIV, p. 158.
. Ch. Beauquier. Blason populaire de la Franche-Comté, p. 231. . Ch. Thuriet. Traditions du Doubs, p. 496.
. P. Bézier. Mégalithes de l'Ille-et-Vilaine, p. 49,
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Dieu et pour Dieu, sois-moi fidèle ». A son retour il rencontra un paysan qui se reposait au bord d’une source. « Donne-moi La source, lui dit-il, je paierai avec de bon argent.— La source,répondit l’autre, vous pouvez l'emporter, j'accepte ». — « Avec l’aide de Dieu » ! répondit le chevalier, qui Lira sa bourse et paya le paysan. Ensuite, il poussa son bâton dans l’eau, qui y remonta, et partit Arrivé à son château, il pria sa femme de l'accompagner au jardin. !l planta alors son bâton en terre et il en sortit une eau claire qui écuma, bouillonna et se répandit dans un bassin. « Tu me fus sans doute fidèle ? Plonge ta main dans celte eau; si tu la retires pure et blanche, tu es un ange de lumière, sinon, un ange des ténèbres ». Après de longues hésitations, la dame plongea la main dans la source ; quand elle la retira, elle était couverte d’une boue noirâtre. Gangolf poussa son bâton dans la source, qui y remonta toute entière, puis il marcha jusqu'au moment où il arriva dans une fraiche prairie de la vallée de Guebwiller. IL y fit de nouveau sourdre de son bâton l'eau qui se répandit au loin!.Saint Remacle opéra le même miracle : un jour qu'il avail en vain demandé un verre d’eau dans toutes les maisons d'Ouffet, il finit par trouver dans le voisinage une belle fontaine à laquelle il se désaltéra ; mais pour panir les gens d'Ouffet, il introduisit son bâton dans la fontaine, la mit sur son dos, et arrivé à Rahier, sur un plateau tout nu, il replanta la fontaine *. Plusieurs légendes qui se rattachent peut-être à l'antique croyance, non encore complètement éteinte, qui faisait de chaque source le séjour d’une divinité, ou qui ont pour but d'entretenir le respect que l'on doit aux eaux destinées à être bues par les hommes ou par le bétail, racontent que des fontaines se déplacent ou cessent de couler quand elles ont été souillées. Au XII: siècle, il y avait dans la province de Narbonne une source qui, dès qu'on y jetait quelque chose de malpropre, changeait aussitôt de lit, et fuyait l'endroit où on l'avait salie *. La fontaine de Saint-Philippe était autrefois dans le village de Monligny, mais une femme y ayant nettoyé ses langes, la fontaine, indignée de cette inconvenance, se déplaca et alla se retirer dans le bois de Bienvenue“. La tradition de Sellières rapporte que, pendant une guerre, la Fontaine d’Huile tarit sur-le-champ parce qu’un soldat avait voulu y décrotter ses bottes5. La fontaine Saint-Vio, où l'on va pour la guérison des fièvres, disparut tout à coup, parce qu'on y avait plongé une chemise maculée, au lieu de la chemise absolument blanche qui est
. P.Ristelhuber. Contes alsaciens, fasc. IT, p. 7.
. Jules Leroy, in Wallonia, t. IX, p. 265.
. Gervasius de Tilbury. Otia impertialia, éd. Liebrecht, p. 52. . A.-S. Morin. Le prêélre et le sorcier, p. 274.
. Ch. Thuriet. Trad. de la Haute-Saône, p. 281.