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Laisnel de la Salle. Croyances du Centre, t. 1, p

LES FÉES 197 la troubler, serait exposé à ne pas récolter une seule pomme dans l'année !.

Plusieurs fées, sans avoir leur résidence dans les sources, semblent affectionner leur voisinage immédiat, où parfois elles se montrent aux hommes. On trouve nombre de traces de cette croyance dans les écrivains du moyen âge. Le trouvère normand Robert Wace disait au XIE siècle qu'on rencontrait fréquemment les bonnes dames, auprès de la fontaine de Barenton :

Là solt l'en li fées véir Se li Bretunz disent veir ?.

Ce fut aussi sur les bords d'une fontaine que Mélusine apparut à Raimondin, et que la fée d'Argouges se présenta au chevalier Robert. D'après la légende de saint Armentaire, écrite vers l'an 1300, la fée Esterelle vivait près d’une fontaine où les Provençaux lui apportaient des offrandes, et elle donnait aux femmes slériles des breuvages enchantés*. Quand la belle Jacqueline, chassée par son père le roi Hugon, se trouve en mal d'enfant près d’une fontaine où elle se rendait souvent pour dissiper sa mélancolie, deux fées qui l’entendent crier viennent à son secours‘. Dans le Roman de Brun de la Montagne, lorsque le chevalier Butor à un fils, il ordonne à ses chevaliers d'aller le porter à la belle fontaine du bois de Brocheliande où les fées viennent s’ébattre ; les dames fées, en arrivant à la fontaine, apercoivent l'enfant, et celle qui était la plus belle dit qu’il fallait le baptiser et le douer de grandes vertus.

Comme Diane et les nymphes antiques, plusieurs personnages du monde enchanté aimaient la fraicheur des sources limpides. Dans Romans de Dolopathos, un chevalier qui chassait un cerf arriva à une claire fontaine:

Lai trovait baignant une fée De ces dras toute desnuée f.

Lorsque Graelent poursuivait la biche envoyée par la fée qui voulait

1. Paul Sébillot. Légendes locales de la Haute-Bretagne, t. I, p. 139. Une fée Anguilette figure dans un conte de Mme de Murat (1698), qui porte le même titre. Comme plusieurs de ses congénères, elle est condamnée, à certains jours, à revêtir une forme animale. Bien qu'elle semble avoir sa résidence dans une rivière, elle est apparentée à celle-ci. Me de Murat, née à Brest, où elle passa sa jeunesse, pouvait y avoir entendu quelque récit populaire où il était parlé de cette fée qu'elle a introduite dans son conte littéraire (cf. Cabinet des fées, t. 1, p. 271).

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