Abbé L. Dardy. Anthologie de l'Albret, t. II, p
5. J. Sacaze. Le culle des pierres dans le pays de Luchon, p. 6.
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l'Aude, et notamment à Ginoles et sur la colline des Encantados, commune de Couiza'. Des fées lavandières se montraient aussi près de quelques fontaines du Beaujolais *.
Ainsi qu'on l’a déjà vu, les fées n'aimaient pas les indiscrets : celles de la Fontaine de Gemeaux (Côte-d'Or) eussent impitoyablement noyé celui qui se serait penché sur ses eaux ; les mères prudentes disaient encore à leurs enfants, il y a quelques années : « Ne va pas jouer sur le bord de la fontaine, la fée te tirerait dedans. » On redoulait aussi la Fontaine de l'Ermitage, près de la Pierre folle, qui était fréquentée par les fées *. Elles détestaient surtout la malpropreté. Lorsque des bergers eurent sali la Fontaine de Marnex, où les fées venaient faire leur toilette, elles disparurent pour jamais *.
Parfois ceux qui ne respectaient pas la pureté de leurs eaux favorites ne tardaient pas à être punis. Suivant une croyance relevée en Basse- Bretagne à la fin du XVII siècle, mais qui semble peu répandue, l’homme qui aurait souillé les fontaines dont elles défendaient l'approche aux profanes était exposé à voir son bras changé en or ou en diamant ®. Un méchant garçon s’amusa un jour à porter des ordures dans la Fontaine aux Fées qui coule au pied de la falaise de la Hague, puis il se cacha pour voir ce qu'elles diraient. L'une d'elles arriva bientôt, el, trouvant l'eau infectée, elle poussa un cri de colère. D’autres accoururent probablement, car il ne vit rien ; mais il entendit une voix fine qui disait : « À celui qui a troublé notre eau, que souhaitez-vous, ma sœur ? — Qu'il devienne bègue et ne puisse articuler un
mot. — Et vous, ma sœur ? — Qu'il marche toujours la bouche ouverte et gobe les mouches au passage. — Et vous, ma sœur? — Qu'il ne
puisse faire un pas sans, respect de vous, tirer un coup de canon. » Les trois souhaits s'accomplirent, et voilà mon gas qui bégaye, tient toujours la bouche ouverte, et quand il court, fait entendre un feu de file $.
Il est rare que les lutins fréquentent les sources : pourtant on rencontrait les farfadets de Pyrome (Deux-Sèvres) près d'une fontaine située au pieds des rochers; en Vendée un lutin, qui se lenait aux environs de la Fontaine daus Frères Fadets, devi:t amoureux d'une paysanne qui venait y puiser‘.
. Gaston Jourdanne. Contribution au Folk-Lore de l'Aude, p. 11. . Claudius Savoye. Le Beaujolais préhistorique, p. 112.
. Clément-Janin. Trad. de la Côte-d'Or, p. 35.
.- À. Ceresole. Légendes des Alpes vaudoises, p. 88.
. Cambry. Voyage dans le Finistère, p. 95.
. Jean Fleury. Lité. orale de la Basse-Normandie, p. 59.
. H. Gelin, in Le Pays poilevin, 1899, p. 18; Revue des provinces de l'Ouest, juillet 1854. -
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On trouve dans la Lozère la Foun del Drac, ce qui suppose qu’elle est en relation avec cet esprit protéiforme!, et en Limousin une fontaine du même nom, où le drac vient faire sa lessive ?.
Sur les rives de la Semoys des nains bossus et barbus, appelés les Satis, après s'être divertis à danser, se baignaient dans une fontaine et s’étendaient ensuite sur la mousse pour se sécher ?. Au milieu du siècle dernier, on parlait en Berry d’un esprit des eaux d’un caractère malfaisant, dont les gestes rappellent ceux des dracs du moyen âge qui avaient leur résidence dans les rivières. Les mères recommandent à leurs enfants de ne pas aller jouer au bord d'une fontaine qui coule dans les ruines du château de Bois-Foucaud (Cher), parce que le lutin pourrait les attirer au fond des eaux. La chronique raconte que le fils du sire de Bois-Foucaud s'amusant à y puiser avec une petite tasse d'argent, glissa sur l'herbe et y fut entraîné. Depuis, on voit quelquefois, dans les jours d'été, la petite tasse flotter légèrement à la surface de l'onde ; plus d’un paysan a voulu la saisir, mais alors elle s'agite, et son brillant métal qui réfléchit les rayons du soleil lance des étincelles dont les yeux sont éblouis. Au même instant, le fadet trouble l’eau et lance au visage du curieux comme une poignée de perles humides #.
La Saurimonde, que les montagnards du Tarn rangeaient parmi les Fassilières, ou génies qui exerçaient une influence en bien ou en mal sur leur vie, se présentait sous la forme d’un bel enfant aux cheveux blonds et bouclés, abandonné dans le carrefour d'une forêt ou au bord d’une fontaine. Il appelait de sa douce voix et faisait entendre des sanglots. Souventun garçon charitableouune bergère compatissante élevait l'enfant, qui était tantôt mâle, tantôt femelle. Si le berger se mariait avec la Saurimonde, il devenait le mari d’une sorte de diable, ou bien cet esprit malfaisant endoctrinait la vierge qui l’avait adopté et l'obligeait à vouer son avenir à l'enfer.
Le voisinage des fontaines est parfois hanté par des êtres macabres. Une source des Côtes-du-Nord se nomme Feunteun an Ankou, fontaine de la Mortf, ce qui montre qu’elle est en relation avec ce génie redoutable, qui en breton est masculin ; la nuit, ar Goaz an Ankou, l'homme de la Mort, aux longs bras décharnés, et couvert d'un suaire, venait s'asseoir sur le bord d’une autre fontaine‘. Un garcon de Guernesey
. Comm. de M. Jules Barbot.
. L. de Nussac. Les Fontaines en Limousin, p. 28.
. Georges Delaw, in Wallonia, t. XI, p. 116-171.
. Compte-rendu des travaux de la Société du Berry, 13e année, 1866, p. 399. . A. de Chesnel. Usages de la Montagne Noire, p. 351.
. G. Le Jean, in Bull. archéologique, t. LIL (1851), p. 60.
, Du Laurens de la Barre. Veillées de l'Armor, p. 22.
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qui, une nuit d'été, allait retrouver son, amoureuse à la fontaine, vit ses abords entourés de squelettes qui regardaient ses eaux troublées !.
Le trait qui suit figure dans un livre qui n’est pas écrit par un traditionniste, mais son origine populaire semble problable: Un matelot qui revenait après avoir manqué son embarquement, se pencha, pour y boire, sur la fontaine de Coat-noz, près de Perros-Guirec (Côtes-du- Nord) : il se sentit frapper sur l'épaule et entendit une plainte : s'étant redressé el ne voyant personne, il se pencha de nouveau, entendit son nom prononcé par son meilleur ami qui faisait partie de l’équipage de la Clotilde, à bord de laquelle lui-même avait dû s’embarquer, et celui-ci lui disait: « Viens donc aussi ! » S'étant penché une troisième fois, il vit au fond une tête de mort, abimée par la mer, les yeuxet les lèvres rongés, et alors il reconnut celle de son ami. Jamais la Clotilde n est revenue au pays ?.
Des personnages de l’autre monde apparaissent auprès des sources, et parfois y accomplissent des actes qui rappellent les épisodes de leur vie ou les circonstances de leur mort. Il est assez rare qu'ils soient condamnés à y subir une pénitence. Cependant, vers le milieu du siècle dernier, un auteur breton rapportait une croyance qui rentre dans cet ordre d'idées et que je n’ai pas retrouvée ailleurs : près des sources mystérieuses sont les âmes du Purgatoire; c'est pour cela qu'on y jette des épingles et des morceaux d'assiettes afin de les réjouir lorsqu'ils viennent s'asseoir autour ; ces épingles leur servent en hiver à rattacher leurs suaires. Lorsque, par piété, on faisait nettoyer les fontaines, on avail soin de recommander de remettre en place les terres et les épingles ?.
Une coutume funéraire limousine se rapproche quelque peu de celle usitée en Bretagne. Les parents des défunts vont casser, sur une pierre de la fontaine de Saint-Dulcet, leur écuelle et leur verre : cet acte y fait revenir les âmes*,
La Foun Sent-Cial, le long de la Vézère, est un endroit redouté la nuit. À Noël, des revenants s’y rendent en procession avec des cierges allumés. Ce jour-là, après le coucher du soleil, on porte des cierges auprès, ce qui accrédite sans doute la légende et remplit de crainte les habitants des villages voisins, peu au courant de cel usage, suivi surtout par des étrangers ÿ.
À un certain jour, on aperçoit au fond de la fontsine de Mandroux