CHANGEMENTS DE L'EAU DES SOURCES
qui voulait vérifier ce prodige, entendit, en approchant de la fontaine, une voix qui Jui criait :
Qui veut voir, Veut sa mort !.
Les habitants de Vecoux disent que si l’on pose, au-dessus de la fontaine, au retour de la messe du samedi saint, une croix de bois bénie Ce jour-là, le lendemain, jour de Pâqnes, entre onze heures et minuit, la fontaine versera du vin?. En Haute-Bretagne, l’eau des fontaines devient cidre pendant la nuit qui précède Pâques*.
Suivant une légende alsacienne, une fontaine, dans une belle prairie, donne du lait au lieu d’eau ; autour poussent des fleurs qui contiennent du miel. La mère de Dieu y porte, pendant les nuits tranquilles, les enfants sans mère et les y fait boire ; ils sourient dans leur berceau et le matin ils ont du lait dans la bouche#.
Certains actes, dont on a vu, (p. 192) et dont on verra d'autres exemples au chapitre suivant, peuvent influencer les sources. d’une manière fâcheuse. Dans la Gironde, la fontaine dont une accouchée s'approche avant d'avoir été relevée, se change en sang: en Basse- Bretagne, où cette croyance a aussi élé notée, elle se charge de souillures 5.
En Basse-Normandie, on croyait naguère que certains bergers nomades, appartenant à une race différente de celle des paysans, pouvaient, au moyen de maléfices, corrompre l’eau des sources, pour se venger des fermiers ‘. Plusieurs épidémies du moyen-âge ont été attribuées à l'empoisonnement des fontaines; en Bourgogne, lors de la peste de 1565, la municipalité d'Autun commit trois notables « pour prévenir à la conspiration inique de plusieurs meschans et pervers ayans vouloir d'infecter et intoxiquer les eaux des fontaines au grand péril de tous »7. Cette croyance n'est pas éteinte : en 1832, onaurait eu à déplorer des malheurs si les gendarmes n'avaient réussi à dissiper ou à contenir les masses populaires qui menaçaient de mort ceux qu’on accusait de produire le choléra par l’empoisonnement des sources ; en
4. Edgar Mac Culloch. Guernsey Folk-Lore, p. 34-35 ; 35 notes de Mme Edith Carey. 2. L.-F. Sauvé. Le Folk-Lore des Hautes-Voges, p. 111.