Clément-Janin. Les Pesies en Bourgogne, p
1853 ou 1854, un voyageur s'étant, lors de l'épidémie chalérique, arrêté près d’une fontaine, des enfants qui l'apercurent s’écrièrent : « L'homme du choléra ! » et il fut poursuivi jusqu’auprès de Crozon *.
Il y avait autrefois dans la fontaine de Corseul (Côtes-du-Nord) qui se trouve près de la ruine romaine, trois statuettes de « saints méchants », — c’est ainsi que l'on appelle dans le pays les dieux romains dont on rencontre parfois les efligies dans la terre, — qui faisaient périr tous les animaux qu'on ÿ menait boire; son eau est devenue excellente depuis qu’on les a remplacées par une croix”.
L'eau des fontaines qui doivent leur origine à la baguette des fées ou au bâton des saints, et presque toutes celles dont la création a quelque chose de merveilleux, passe d'ordinaire pour être agréable et excellente ; elle est même, en beaucoup de cas, fatidique ou guérissante.
En Haute-Bretagne, lorsqu'on voit près d'une source des fils de la Vierge, on peut être certain qu'elle est particulièrement bonne, parce que Marie est venue, la nuit, filer auprès *.
On a assez rarement relevé les signes grâce auxquels les paysans reconnaissent si l'eau est saine ou malfaisante. Il est probable que l’on observe ailleurs qu'en Auvergne et en Haute-Brelagne diverses circonstances d’après lesquelles on juge de sa plus ou moins grande pureté. Dans le Cantal, elle est réputée mauvaise si l'on y voit des salamandres aquatiques, des scorpions d’eau (larves de libellules), des sangsues, des hannetons d'eau (dytiques) ou d'autres bêtes réputées venimeuses. Elle n’est pas malsaine si de petites bêtes noires à quatre pattes, qui ont la propriété d’absorber le venin, voyagent à sa surface, ou si l’on y voit des grenouilles *.
Le crachat sert aussi à s'assurer de la bonne qualité de l’eau; en Haute-Bretagne et en Auvergne, si la salive s'étend, on peut en boire sans crainte. Celte pratique est employée à Plédéliac, dans la partie française des Côtes-du-Nord, par les personnes qui puisent à une fontaine à laquelle on attribue une origine diabolique ; elles y crachent, après s'être signées trois fois, afin de chasser le lutin de l'air, le lutin de l’eau et le lutin des herbes qui pourraient se trouver dans cetle fontaine qui a sa source en enfer ; la salive de chrétien purifie celle du diable et les signes de croix éloignent le lutin *.
. F. Le Men, in Rev. Cell., t. 1, p. 433.