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LES FONTAINES ET LES ÉLÉMENTS

Suivant une croyance ancienne, el encore très répandue, des actes accomplis sur les eaux mêmes des fontaines, ou dans leur voisinage immédiat, peuvent modifier le cours des éléments, et surtout provoquer la pluie et les orages. Elle est tellement enracinée que le clergé, convaincu sans doute qu'il essaicrait en vain de la détruire, a dû parfois, pour lui donner tout au moins un vernis chrétien, se mettre à la tête de processions faites aux sources réputées, depuis un temps immémorial, pour mettre fin à une période de sécheresse, plus rarement à une période pluvieuse. Quelquefois elles se rendent à certaines sources à l'époque des Rogations', parce que les gens du pays sont persuadés que cette visite exerce sur les récoltes une heureuse influence. À Roussillon, presque dans la banlieue d’Autun, les fidèles vont processionnellement, le matin de la Saint-Jean, avant la messe,

1, L. de Nussac. Les Fontaines en Limousin, p. 15, 21, 98.

à une fontaine deSaint-Jean, où ils chantent l'hymne et l'oraison du jour, pour la préservation des biens de la terre”.

On a pratiqué dans plusieurs régions de l'est el du centre une manière antique de faire tomber la pluie, qui semble n'avoir cessé qu’à une époque assez récente, puisque en dehors des témoignages écrits, le souvenir oral en subsiste encore. En 1661 l'historien du Dauphiné, en décrivant une de ces observances, en parlait au passé: lorsqu'il y avait des chaleurs excessives, les populations accouraient en foule sur les bords d’une fontaine située dans la paroisse de l'Espine; là les vieillards et les matrones choisissaient une fille jeune et pucelle, entre toutes la plus vertueuse et la plus pure; alors la jeune fille, dépouillée de ses vêtements et nue en sa chemise, tandis que le peuple entier était en prières, se plongeait au sein de la fontaine et purifiait son bassin de toutes les matières immondes qui troublaient la limpidité de son cristal. À peine les eaux réfléchissaient-elles le pur azur du ciel que l'orage grondait à l'horizon, et bientôt d'abondantes pluies venaient désaltérerlaterreembrasée?. Un passage du livre de Ladoucette, ancien préfet des Hautes-Alpes sous le premier empire, semble dire que cet usage aurait persisté au même lieu ; jusqu'à une époque assez récente, le curé faisait entrer dansle bassin de la sainte fontaine la vierge la plus pure ; au moment où elle y lavait ses vêtements, le ciel ouvrait ses cataractes?. Le clergé, qui ne figure pas expressément dans la déposition la plus ancienne, intervient dans celte pratique, et celui qui la rapporte ne parle pas du curage du bassin qui, dans la plupart des cas, semble être la condition essentielle de l'efficacité du rite. C'est ainsi que la fontaine de Saint-Martin, à Chissey en Morvan, était nettoyée par une enfant innocente, qui devait la curer, après une prière, pendant trois jours conséculifs, avant le lever du soleil; on était certain d'avoir de la pluie avant le même laps de temps‘. Les habitants de Resson faisaient nettoyer par deux vierges le bassin profond de la fontaine de Saint-Rouin, en priant Dieu de leur envoyer de la pluie”, à une époque qui n’est pas indiquée, neuf jeunes filles entraient dans le bassin de la fontaine Cruanne (Côte-d'Or) et la vidaient avec des seaux ‘. Dans tous ces exemples, la réussite de la pratique parait liée à l'état de virginité ou

4. J.-G. Bulliot et Thiollier. La Mission de saint Martin, p. 352.

2, Chorier. Histoire du Dauphiné, 1. I, eh. 8; Olivier. Croyances du Dauphiné, in France littéraire, t. VII, p. 27. La Collection des décrets de Burchard de Worms signalait au XIe siècle parmi les superstitions non encore éteintes sur les bords du Rhin, celle qui, aux mêmes fins, consistait à plonger dans un fleuve une jeune fille nue. (Grimm. Teulonic Mythology, t. II, p. 593.)

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