L'EAU SUR LA MARGELLE
d'innocence de la personne chargée de l'accomplir, Cette condition n'élait pas obligatoire, vers la fin du XIX° siècle, pour le succès d'un rite analogue qui s’accomplissait à la fontaine de N.-D. de Quelven, et peut-être ailleurs : quand la récolte s'annonçait mauvaise, une pèlerine de profession, après avoir allumé un cierge dans la chapelle, descendait à la fontaine, la vidail et la nettoyaitt.
D'autres actes accomplis au bord des fontaines ou sur leurs eaux avaient pour résullat de provoquer les ondées ou même l'orage. Au XIE siècle, il suffisait de jeter une pierre, un morceau de bois, ou quelque autre objet dans une source très limpide du royaume d'Arles pour que la pluie en sorte aussitôt et mouille celui qui avait aglté les eaux”. On a rarement relevé de nos jours cette croyance qui, ainsi qu’on le verra, est encore très vivante sur le bord des lacs des montagnes ; cependant il est en Provence quelques fontaines qu'il ne faut pas agiter ou souiller, sous peine de susciter un orage.
Le rite qui consiste à jeter de l'eau sur la terre pour faire tomber l'eau du ciel, en vertu d'une sorte de magie sympathique, a été pratiqué, pendant des siècles, sur les bords de la fontaine de Barenton, dans la forêt de Brocéliande. Lorsqu'il y avait des sécheresses prolongées, on y puisait de l’eau et l'on en arrosait la margelle. Le premier témoignage écrit se trouve dans le Æoman de Rou, du poëte normand Robert Wace qui, au douzième siècle, visita la forét, attiré par sa réputation merveilleuse :
La fontaine de Berenton
Sort d’une part lez le perron ; Aler i solent veneor
À Berenton par grant chalor, Et o lor cors l'ewe puisier, Et li perron de suz moillier Por ce soleint pluée aveir'.
Get acte qui, à cetle époque, paraissait pouvoir étre accompli par tout le monde, et que les chasseurs semblaient faire sans y attacher grande imporlance, devint plus tard le privilège exclusif des seigneurs de Gaël-Montfort, et l’un d'eux eut soin de le faire consigner dans la charte des Usements et coustumes de la forét de Brécilien, rédigée à Comper en 1467: Joignant ladite fontaine, il y a une grosse pierre qu'on nomme le perron de Bellanton, et toutes les fois que le seigneur