LA NAISSANCE
Quelques-unes de ces visites sont faites spécialement à l'intention des enfants à naître : les femmes enceintes qui désiraient que les leurs ussent des cheveux frisés allaient à la fontaine de Saint-Jean des Eaux’. À Plouër, dans la partie francaise des Côtes-du-Nord, certaines immergent dans une fontaine dont je n’ai pu savoir le nom, la chemise dont elle revêtiront le bébé qu’elles attendent, et qui, par la vertu de ses eaux, le mettra à l’abri de toute maladie ?.
A la fin du XVIII siècle des Bretonnes pour s'assurer une heureuse délivrance, plongeaient leur ceinture dans certaines sources®. Maintenant encore, la femme grosse qui s'est entourée deux ou trois fois les reins d’un ruban trempé dans une eau sacrée se croit sûre d’accoucher à terme el sans danger,d’un enfant robuste*.
On n’a pas, à ma connaissance, retrouvé de nos jours l'usage de s'adresser au cours de l'opération, souvent pénible et dangereuse, à des sources réputées. Au XVII et au XVII siècles, la fontaine de Sainte-Camelle était très en faveur près des femmes en couches, sans que l’on dise comment il fallait s'y prendre pour obtenir un résultat favorable. Peut-être suffisait-il de promettre un voyage : la princesse de Conti s’y rendit le 21 Avril 4662, pour accomplir un vœu formulé pendant un accouchement laborieux ÿ.
Il est possible que l'eau de certaines sources soit réputée propice aux enfants à leur entrée dans le monde ; jusqu'ici je ne connais qu'un seul exemple : en Touraine l'enfant, sitôt né, reçoit parfois sur ses lèvres quelques gouttes d’eau puisée à la fontaine d'Aiguevives.
Les exemples d’observances accomplies par les femmes après leur délivrance sont rares et encore ils sont rapportés avec peu de précision : dans l'Aude, elles allaient boire, en invoquant la Vierge,de l’eau de la source de Notre-Dame de Bay’; au XVIII siècle les paysannes des environs de Baud qui venaient d’accoucher, se baignaient dans la vasle cuve de pierre placée au-dessous de la Vénus de Quinipilyf.
Tous ceux qui ont entrepris une enquête un peu suivie dans leur région, ont pu constater que les femmes s adressent pour conserver,
4. L. Lex. Le Culle des eaux en Saône-et-Loire, p. 43. En Touraine on implore saint Greluchon, aux mêmes intentions. (Raphaël Blanchard, in Rev. des Trad. pop., t. V, p. 145).