LA FORCE ET LA CHANCE
purent se débarrasser de celle incommodité qu'après toute une série de dévotions expialoires ; la même croyance existe en Limousin!.
Certaines sources sont réputées pour procurer la chance, la force et même le bonheur.
Dans le pays de Tréguier, pour avoir un bon numéro, on s'adresse à la l'eunteun an hanter noz, la fontaine de minuit, siluée dans la vallée du Guindy (Côtes-du-Nord). Une vieille femme y trempe, à minuit, deux servieltes blanches et les rapporte au conscrit, sur la poitrine duquel elle les place, toutes mouillées, en les disposant en forme de croix ; la fontaine de Saint-Efflam, canton de Plestin, est l’objet de pratiques analogues?. D'après un poème breton, des usages similaires ont existé dans le sud de l'Armorique : la veille du tirage, la mère lavait dans la fontaine sainte le vêtement que son fils devait porter le lendemain*.
Jusqu'ici on n'a relevé qu'en Brelàgne la croyance suivant laquelle des sources privilégiées peuvent exercer de l'influence sur la vigueur corporelle. Ceux qui se baignent le petit doigt de la main gauche, à minuit sonnant, le soir de la pleine lune, dans une pelite fontaine presque cachée dans le creux d’un fossé à Saint-Samson près Dinan, acquièrent une force étonnante‘. Elle ne porte plus de nom actuelle ment ; mais il est probable qu’elle était autrefois désignée sous celui du patron de la paroisse, qui à de l'influence sur la force physique *. Vers 1835, pour être invincibles à la lutte, les Bas-Bretons faisaient couler dans leurs manches et le long de leur poitrine les eaux de certaines fontaines®, Cette pralique subsiste encore : les jeunes gens vont, sur le conseil de quelque ancien, faire des ablutions, par une nuit de nouvelle lune, aux fontaines de Saint-Kadô, de Saint-Gildas ou de Saint- Samson. Autrefois ceux qui ambitionnaicnt de devenir des hercules restaient plongés dans le bassin de la fontaine de Sainte-Candide en Scaër, pays des lutteurs, jusqu’au cou, pendant des heures entières”.
Dans le sud du Morbihan, lorsqu'un jeune homme part pour l'armée, son aïeul, s’il vit encore, ou en son lieu et place, le père ou la mère, le conduisent à certaines fontaines consacrées et le soumettent à des
1. Cambry. Voyage dans le Finistère, p. 164; E. Souvestre. Les Derniers Bretons, t. 1, p. 59. Dr Henri Liégard, 1. c.,p. 24; F. Duine, in Rev. des Trad. pop.,t. XIX, p.
175: L.-F. Sauvé, ibid., t. I, p. 326 ; L. de Nussac. Les Fontaines en Limousin, p. 44. 2. À. Le Braz, in Soc. arch. du Finistère, 1899, p. 204, 205. 3. Abbé Guillôme. Livr el labourer. Vannes, 1849, in-18, p. 225. 4, Comm. de Mme Lucie de V.-H.