L'AGONIE ET LE TRÉPAS
gent, el il est dès lors délivré de sa passion. D'après une légende de Guernesey, les fées des mégalithes, des hougues et des cavernes, voyant leurs demeures envahies par les sorciers, leurs ronds de danse foulés par leurs pieds, et Icurs amis, les hommes et les animaux en butte à leurs conjurations et à leurs charmes, s'assemblèrent à l'Ancresse, et s'élant convaincues qu'elles ne pouvaient rien contre ceux qui troublaient leur bonheur, elles résolurent de faire disparaître la mémoire de leur passé en buvant à la fontaine d'oubli. Elle était située tout en haut d'un grand amas de rochers qui surgissait de la mer à l'extrémité de la baie ; ses eaux étaient fraîches en été et tièdes par les plus grands froids. Elles se rendirent en triste procession au rocher, et après l'avoir escaladé, elles burent à la fontaine. Mais pour elles, elle n'avait pas de verlu; alors désespérées de ce que l'oubli lui-même leur élait refusé, elles prirent la résolution de $e suicider, et arrivées à l'endroit où se dressail un ancien monument des druides, elles se pendirent avec des tresses d'herbes?. Celui qui boit l’eau d'une fontaine des environs de Dinan, qui doit son origine à une fée, oublie toule animosité à l’égard de ses semblables”. La fontaine de Saint Julien à Vasselay, que l’on appelle aussi la Fontaine des Jaloux, guérit de la « jalousie innommée » ceux qui viennent y puiser“.
L'action des fontaines sur l'intelligence n'a élé relevée qu'un petit nombre de fois. La Font-Pinou à Saint-Léonard rend fou, mais une autre dans le même canton, rend la raison à celui qui s'y plonge la tête”. Une fontaine du Loir-et-Cher « débétait » les pauvres d’espril°, mais on ne dit pas comment il fallait faire pour arriver à ce résultat.
Les eaux de quelques sources de la Basse-Bretagne sont en relation avec l’agonie et le trépas. Lorsque l'ombre de la mort semble planer sur une personne chère, on va à Plougastcl-Daoulas consulter une : fontaine dédiée à saint Languiz, patron des moribonds. Si elle est pleine, on peut revenir à la maison avec confiance ; l'heure du malade n'est pas encore sonnée ; si au contraire elle est Larie, c'est signe de mort inévilable. S'il reste quelques gouttes sur la vase au fond de l’excavalion, il faut les recueillir, et si le malade est encore de ce monde et continue de souffrir, répandre sur lui le contenu de la fiole ; Languiz le guérira et le débarassera inmédiatement du fardeau de