LA CONSULTATION PAR L'ÉPINGLE
les roses du plaisir s’'épanouissent sur le front virginal de la jeune personne .
Cette fontaine est probablement celle d'Azon, commune de Saint- Clément, à deux kilomètres de Sens, à laquelle on se rendait autrefois en partie de plaisir le mercredi de Pâques. Pour savoir si elles se marieraient dans l’année, les jeunes filles posaient leurs épingles les plus légères ; si elles surnageaient, c'était un bon présage ; si elles allaient au fond, c'était partie remise pour l’année suivante ?.
La consultation par l'épingle a été souvent relevée à l'époque contemporaine. Au Cap Sizun des jeunes filles jettent des épingles dans la fontaine de Sainte-Eveth pour voir si elles se marieront dans l'année. Si l'épingle surnage, le oui sacramentel sera bientôt prononcé ; si elle va au fond, elles ont encore un petit espoir. La source, qui est très forte, rejelte quelquefois l’épingle hors de la cupule creusée dans la dalle. Il y a aussi des accommodements : souvent on enduit l’épingle de beurre ou on la pose dans les cheveux. L'épingle graissée surnage un peu de temps avant de s’enfoncer *, Dans le Morbihan, si l'épingle du mouchoir en face du cœur reste sur l’eau, la jeune fille se mariera; s'il en est autrement, l'époux attendu Llombe avec elle au fond‘. La fontaine Saint-Goustan au Croisic (Loire-Inférieure) et plusieurs fontaines des Côtes-du-Nord étaient ou sont encore consultées de la même manière ÿ.
Cette pratique n'est pas spéciale à la Bretagne ; on l'a constatée, moins souvent il est vrai,et peut-être parce que les autres pays ont été moins bien explorés, en dehors de la péninsule armoricaine. A la fontaine d'Azon,près de Sens,à celle de Sainte-Sabine dans les Vosges, les jeunes filles posaient sur l’eau leurs épingles les plus légères : si elles surnageaient, elles se mariaient dans l’année. À Gespunsart (Ardennes), au lieu d’une épingle, elles se servaient d’une aiguille'.
L'épreuve dans laquelle le présage dépend,non plus du flottement, mais des circonstances qui accompagnent la submersion de l’objet déposé sur les eaux,semble plus moderne : il n’est toutefois peut-être pas téméraire de supposer qu’elle existait en même temps que celle par le flottement,ou qu’elle a été imaginée lorsqu'on s’est aperçu que
1. Audiger (Garnier Audiger). Souvenirs et anecdotes des Comilés révolutionnaires. Paris, 1830, in-16, p. 280.
2, C. Moiset. Usages de l'Yonne, p. 81.