‹ Le folk-lore de FranceChapitre 21 sur 403 · PERSONNAGÉS QUI MARCHENT SUR LES EAUX · texte numérisé non relu

PERSONNAGÉS QUI MARCHENT SUR LES EAUX

de Tréguier ‘ ; sur le littoral du Morbihan, on disait que des sorciers, isolés ou par us. se rendaient à l’île d’Arz en cheminant sur les eaux?.

Parfois ces apparitions se montrent seulement pendant la tempête ou lorsque les navires courent des dangers : quand les marins du pays de Tréguier sont entourés, en pleine mer, de brumes si épaisses qu'ils ne peuvent reconnaître leur route, de petits démons noirs, Diauwlo bihan dù, ou des lutins noirs, Cornandonet dù, dansent autour d'eux pour les amuser et ils poussent tout doucement les barques vers les écueils *. Victor Hugo a décrit avec détails un génie, moitié homme et moitié poisson, qui est surtout visible dans la mer violente, se dresse debout au milieu des vagues roulées, se tient tout entier hors de l’écume et se met à danser s’il y a à l'horizon des navires en détresse *. D'après sir Edgar Mac Culloch, bailli de Guernesey, personne n'a jamais, dans les îles, entendu parler de ce monstre, et il suppose que, si le poète ne l’a pas créé de toutes pièces, il a fortement arrangé ce qui avait ie lui être conté®.

Suivant une Dion évidemment poélisée, mais dont on peut retenir quelques traits, on voyait autrefois dans la Rance maritime, des créatures gracieuses, vêtues des couleurs de l’arc-en-ciel, qui formaient des rondes sur les vagues. Le courant les portait vers les criques, d'où bientôt elles sortaient plus nombreuses en marchant à la suite d’une femme plus belle encore. Celle-ci, montée sur une barque faite de la coque d’un nautile des mers du sud, traînée par deux écrevisses, était leur reine, et ses compagnes les fées qui ont l’empire de la mer: elle commandait aux vents de souffler moins fort, et à la Rance de rejeter sur le rivage les corps des hommes que la tourmente avait engloutis dans la mer.

Les héros des contes populaires, qui passent assez souvent la mer au moyens de talismans, ou portés par des oiseaux merveilleux, ont rarement le privilège de marcher sur ses eaux ; voici les seuls exemples que j'aie relevés : une fée prend par la main un capilaine de la baie de Saint-Cast, et tous deux s’avancent sur les flots, sans même mouiller leurs semelles ; un drac, qui a sa résidence au fond de l'Océan, attache avec une chaine d’or, longue et légère, une jeune fille qu'il a enlevée, et

4. Paul Sébillot, in l'Homme, t. III, p. 185 ; Contes populaires, t. II, p. 59.; G. Le Calvez, in Rev. des 1rad., t. I, p. 145.

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