Elvire de Cerny. Saint-Suliac et ses traditions \p
lui donne le pouvoir de marcher à pied séc sur la mer ; le héros d’un conte lorrain la traverse quand il a entendu le chant d'un oiseau magique ; suivant un récit du Finistère, un jeune homme, protégé du roi des poissons, accomplit, sans y enfoncer, un assez long trajet sur les flots !.
Des personnages qui ne sont plus de ce monde, bienheureux sortis du Paradis, ou revenants condamnés à des pénitences posthumes, se promènent aussi sur les flots. Leur marche a le même caractère merveilleux que celle des saints en chair et en os ou des génies. D’après la conception populaire actuelle, très nettement indiquée, surtout dans les récits bretons, les morts ne sont point, comme ceux de l’antiquité classique, des ombres impalpables et légères, mais des êtres aussi matériels et aussi lourds que les vivants, et qui peuvent accomplir les mêmes actes ; un cantique, composé au xvu° siècle par le P. Maunoir sur le thème populaire de Jean de Calais, en présente un exemple typique : un mort qu'un jeune homme avait fait enterrer par charité vient le trouver dans l’île ou il était abandonné, en marchant sur la mer comme sur la terre ferme, et c'est de la même manière qu'il le transporte au rivage en le portant sur son dos?. Cet épisode figure aussi dans une version romantique de Jean de Calais : le revenant est précédé d’une colonne d’écume blanche qui lui montre sa route *, un revenant d’une légende bretonne prend sur son dos un homme qui l'avait fait enterrer, et lui fuit traverser un bras de mer‘.
Plusieurs récits parlent de ces promenades de personnages d’outretombe. Une ancienne légende poitevine raconte qu’un pêcheur, ayant été Lendre ses filets la nuit, vit se dérouler une immense procession de vieillards et de jeunes gens, vêtus de blanc, qui semblait se diriger, en cheminant sur les flots, du côté de Saint-Michel de l'Herm ; la troupe grossissait sans cesse, et un vieillard vénérable, qui n'était autre que saint Giraud, se détachant du cortège, s’approcha du rivage pour parler au pêcheur‘. Les noyés font aussi à la surface de la mer la procession de la nuit de Noël*.
Les marins du Morbihan disent que l’on aperçoit de temps en temps, entre Locmariaker et l’Ile aux Moines, un berger en soutane noire qui
1. Paul Sébillot. Contes des provinces de France, p. 106 ; J.-F. Bladé. Contes de Gascogne, t. I, p. 225; E. Cosquin. Contes de Lorraine, t. 1, p. 34; Henri de Kerbeuzec. Cojou-Breiz, p. 120.
2. F. M. Luzel. Légendes chrétiennes de Basse-Bretagne, t. II, p. 50.