LA SAINT JEAN
dire pendant vingt-quatre heures !. Suivant la croyance populaire du Tarn-et-Garonne, la source de Saint-Jean à Saint-Quentin, à sec toute l'année, coule seulement le jour Saint-Jean, depuis minuit Jusqu'au lever du soleil; c'est à ce moment qu'on y va pour les maladies des yeux ; une autre fontaine de Saint-Quentin, près des ruines du prieuré de Cayrac n'est guérissante que durant la même période ?. Il en est de même de plusieurs sources du Poitou, et leurs eaux bouillonnent le matin. À Pau, la Aoun de las Fadas, ou fontaine des fées, dans une prairie attenant au cimetière, était, la nuit qui précède la Saint-Jean, le rendez-vous d’une foule de malades Au commencement du XIX° siècle, une fontaine, à quelques kilomètres de Nogent-le-Rotrou, était célèbre par Le pouvoir guérissant qu'elle avait pendant toute la nuit, veille de la Saint-Jean. Hommes et femmes entraient dans ses eaux, culottes et cottes retroussées, et se lavaient le plus haut qu'ils pouvaient L'antiquité de l'usage, le motif religieux de l'action sanctifiaient ce mélange confus, et nulle idée d’indécence ne venait troubler la cérémonie 5. Cette fontaine est celle de Saint Jean-Baptiste à Pierrefixte, dont A. S. Morin a décrit |de visu
le pèlerinage. IL avait lieu, vers 1860, aussi la veille de la Saint-Jean,
et l'eau possédait des vertus supérieures si on la puisait avant le lever
du soleil. On ne se baignail plus dans la source mème, mais on
fricionnait la parlie malade avec un linge mouillé ; lorsque l'organisme entier était affecté, le patient se plaçait tout nu derrière une haie, et un ami lui appliquait sur le corps une chemise trempée dans la fontaine f.
Trois fontaines du pays de Bigorre, renommées pour la guérison des maladies cutanées ou des plaies, n'ont d'efficacité qu'à la Saint-Jean, et les habitants de Sarriac se rendent en procession, ce jour-là, avant le lever du soleil, à celle de Gleyze Vieille *. Dans les trois fontaines du tertre légendaire de Sainte-Macrine, on lrempe le 6 juillet, c'est-à-dire peu de temps après la Saint-Jean, des chemises, des bas et des bonnets, qu'on fait bénir à la chapelle et ensuite sécher au soleil 8.
Plusieurs de ces visites aux eaux miraculeuses qui n'avaient pas lieu à des époques voisines de la Saint-Jean, ne devaient être faites que dans les ténèbres. Une fontaine de Krignac (Skrignae, Finistère) guérissait de
. J. de Laporterie, in Rev. des Trad. pop.,t. VI, p. 560, 561. . Abbé Daux. Croyances du Montalbanais, p. 9-10.
. Léo Desaivre. Le Noyer el le Pommier, p. 8.
. À. Dugenne. Panorama hislorique de Pau, p. 311.
. Desgranges, in Acad. celtique, t. I, p. 23.
.- A.-S. Morin. Le Prélre et le Sorcier, p. 18.
Norbert Rosapelly. Au pays de Bigorre, p. 36.
Léo Desaivre. Gargantua en Poitou, p. 14.