PÈLERINAGES D'ANIMAUX
Un autre soldat tombe accidentellement dans une source et cesse d'être aveugle !. Dans un conte corse, l’eau d'une fontaine, gardée par des animaux terribles, opère le même prodige?, Il semble qu'on a cru, tout au moins autrefois, que des fontaines qui n'appartenaient pas au monde de la féerie, pouvaient être douées de ce privilège : au XVI° siècle « quatre gueux, ayant contrefait les aveugles, allèrent prescher leur guérison parune source nouvellement trouvée à Sainte-Lurine, près Archiac. Le miracle prit si bien feu que, des paroisses de six lieues environ, on y porta en deux mois près de deux mille charretées de pierres. L'évêque de Saintes alla voir sur les lieux et contraignit chacun de remporter sa pierre * ». Un cantique breton, chanté à Notre- Dame de Bulat le jour du pardon, parle du bailli de Carhaïx, qui ayant perdu la vue, fut guéri par l’eau des fontaines miraculeuses #.
Les visites aux fontaines ne sont pas seulement faites par les hommes on y conduit aussi les animaux, ou l’on accomplit des voyages à leur intention expresse. On verra à la section suivante plusieurs offrandes qui ont pour but de les guérir, d'assurer leur réussite ou de conserver leur santé. À Plouarzel, près de Saint-Renan (Finistère), le droit de vendre l’eau de la fontaine qui avoisine la chapelle est affermé chaque année à un très haut prix °. La source de Sainte-Avaubourg, à Saint- Léger sous Beuvray, supprime la stérilité des animaux ou leur donne du lait. La fontaine Saint-Antoine à Auxy était guérissante pour eux. L'eau d'une fontaine de Mézilles, près de laquelle saint Marcin faisait paitre son troupeau, guérissait les bestiaux ou les préservait de tous maux’. La Foun Faure de Sent-Aloi est efficace aussi bien pour les maladies des animaux que pour celles des hommes.
En Bretagne les pèlerinages de chevaux sont nombreux et sans doute anciens ; voici la description de l’un d'eux qui se tenait à la fin du XVII siècle aux environs de Saint-Brieuc, dans un bourg assez voisin du pays bretonnant: Les habitants de dix lieues à la ronde venaient en pèlerinage à une chapelle dédiée à saint Eloi, qui se trouve près de Plérin. Après des prières faites à la chapelle, ils allaient à la fontaine qui se voit auprès, puisaient de l’eau avec une écuelle el la
1. Paul Sébillot. Contes de la Haute-Bretagne, t. II, p. 206; Paul Sébillot, in Almanach du Phare, Nantes, 1891, p. 110.