Emile Hamonic, in Rev. des Trad. pop., t. IV, p
8. Paul Sébillot. Petite Légende dorée de la Haute-Bretagne, p. 172 9. Yves Sébillot, in Rev. des Trad. pop., t. XVIII, p. 531.
Cado, on jette des clous à poignées, afin d’être préservé des clous sur le corps !.
La plupart du temps, les épingles sont offertes aux sources par les malades ou par ceux qui se présentent en leur nom. Leur rôle comme agents de consultations pour la santé, ou pour les choses du cœur, est aussi considérable ; mais les offrandes de ces objets faits au génie même de la source par les garçons et les filles ont été rarement constatées : les amoureuses délaissées jetaient une épingle dans la fontaine de Thussy (Côte - d'Or) probablement avec l'idée que cet acte pouvait avoir pour résultal de ramener l'infidèle ?. On lançait des épingles dans certaines fontaines de l’Anjou, pour se marier dans l’année.
La fontaine de Baranton, dans la forêt de Paimpont (Ille-et-Vilaine), sur les eaux de laquelle les amoureux déposaient, ainsi qu'on l’a vu, des épingles pour consulter le sort, recevait des offrandes qui n'avaient aucun rapport avec le mariage ; elles avaient pu être faites jadis pour évoquer la divinité qui y présidail ; mais à l’époque où on les a relevées elles ne constituaient guère, comme encore aujourd'hui, qu'une sorte de jeu qui avait pour but de « faire rire » la fontaine. Voici commentil est décrit par l'abbé Piederrière (mort en 1886), né vers 1810, à trois kilomètres de Brocéliande, et qui dans sa jeunesse, avait souvent visité avec ses camarades la célèbre fontaine : Nous avions toujours soin de porter avec nous du pain et des épingles: aussi chaque fois que nous jetions une miette de pain ou une épingle dans la fontaine, la fée nous riait à merveille. De nombreuses bulles se détachaient de la vase, et nous arrivaient à lu surface semblables à des perles cristallines. Nous étions heureux de ces sourires... à force d'émietter mon pain, ils m'ont souvent laissé dans un état de faim complète, et mes sœurs, n'ayant plus d’épingles, étaient obligées de recourir à l’aubépine pour rattacher leurs vêtements *.
Les clous qui, en certaines circonstances, servent à délivrer du mal qu'ils ont touché, sont parfois plongés dans les sources par des gens animés des plus mauvaises intentions. On prétend, dans la région supérieure des Vosges, que les sorciers peuvent faire sécher sur pied l’homme le plus sain elle plus vigoureux, en déposant au fond de la fontaine où il puise son eau, avec des mots magiques, trois clous de cercueil. À mesure qu'ils se couvrent de rouille, le malheureux sent croître ses souffrances *.
1. Henri Liégard. Les saints quérisseurs de Basse-Brelagne, p. 68.
2, Ch. Bigarne. Patlois du pays de Beaune, p. 243.