ORIGINE, HANTISES ET LÉGENDES
Chacun sait que les puits ne sont pas, comme les fontaines, un produit des forces de la nature; mais le résultat de l'intervention laborieuse de l'homme, qui, après avoir percé la terre jusque dans ses entrailles pour y chercher de l’eau, a dû, pour prévenir les éboulements, consolider les parois du souterrain au moyen de maçonneries. Ces circonstances excluent toute possibililé de création pour ainsi dire spontanée, aussi bien que l’action miraculeuse de personnages puissants ou sacrés: tout au plus ceux-ci peuvent-ils, une fois le travail achevé, contribuer à amener dans le trou creusé par des procédés matériels, une eau abondante et limpide, et à l'y entretenir dans un état de fraicheur et de pureté. C'est ainsi que saint Léonard, après avoir fait creuser un puits dans un endroit extrêmement sec, pour les besoins de son monastère, adressa à Dieu de ferventes prières, à la suite desquelles une eau excellente vint le remplir !.
La baguette divinatoire, qui a été employée pour la découverte des filons métalliques, a servi encore plus souvent à déceler les eaux souterraines. Au milieu du XIX° siècle, on accordait, en plusieurs régions de la Normandie, le pouvoir de la faire tourner aux joueurs de la verge d’Aaron, que dans l'Orne on appelait simplement vergette. Ils avaient obtenu le droit de baguette au moment de leur naissance, et si, tenant à la main une branche tendre de coudrier, ils venaient à passer sur une eau recouverte d'une couche de terre, elle tournait fortement, et ils pouvaient reconnaitre la force de la nappe à ses mouvements plus ou moins précipités?. En Lauraguais, on se sert d’une fourche en bois de figuier que l’on tient à la main, si elle se lève, c'est signe qu'il y a de l'eau; on suspend aussi une montre par sa chaine que l’on lient à la main; si la montre se met à tourner, c'est qu’au dessous se trouve de l’eau *.
Les traditions qui s’attachent aux puits lorsque creusés, maçonnés et pourvus d'eau, ils sont pour ainsi dire devenus des fontaines, rappellent dans leurs grandes lignes, celles des sources naturelles qui coulent depuis un temps immémorial ou qui se sont montrées dans des circonstances miraculeuses. C’est ainsi que les personnages qui y ont leur résidence ou qui se font voir dans leur voisinage immédiat, ressemblent, avec plus de prosaïsme, à ceux des fontaines.
Les fées qui président si souvent aux eaux fraîches et limpides des
1. Jacques de Voragine. Légende dorée, t. Il, p. 190. 2. Annuaire de la Manche, 1832, p. 221.