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OBSERVANCES CHRÉTIENNES

les environs de Baud (Morbihan), où ils sont parfois ornés de têtes ou de personnages ; des Saints-Sacrements sculptés en relief se voient. non sur la face des supports, mais sur leurs côtés extérieurs : la tige de la cigogne à l'aide de laquelle on remonte le seau, passe dans un trou creusé à l'endroit où, dans l’ostensoir, se trouve l'hostie ; un Christ en croix, une Vierge ou un saint en demi-bosse ornent quelquefois la bande de pierre qui surmonte les piliers‘. On rencontre en Provence, et en particulier aux environs de Grasse, des puits rustiques d’une ornementation très intéressante?.

La plupart des puits des environs de Carnac sont surmontés d’édicules en pierre, ornés parfois de sculptures grossières : presque tous portent des croix. Ceux du pays de Baugé (Maine-et-Loire) ont souvent « une chapelle » qui abrite leurs eaux; mais on n’y voit pas de slatuettes*. Une petite Bonne Vierge, ordinairement en faïence de Locmaria (Quimper) occupe une niche ménagée dans la paroi de plusieurs anciens puits de la région du Cap Sizun * ; quelquefois ceux de la Haute-Bretagne présentent la même particularité : la statuette provient de la fabrique de Rennes. Ces effigies pouvaient sans doute, comme en Limousin, faire sentir leur colère aux mécréantsf.

Les eaux des puits sont l'objet de cérémonies chrétiennes, qui semblent avoir pour bul, sinon d'empêcher un ancien culte, du moins de le rattacher à la religion actuelle. I serait intéressant de les relever, ce qu'on a fait si rarement jusqu'ici que l'on ne peut guère citer que les exemples qui suivent, provenant tous d'une seule région. A Verfeilsur-Seye, le jour de la Pentecôte, avant la célébration de la grand’messe, le clergé, suivi processionnellement des fidèles, se rend à un puits publie, et au chant du Veni Creator, l'officiant bénit selon le rite liturgique, le sel qu'il répand dans l’eau en forme de croix avec la formule : Commixtio salis et aquæ. Aussitôt, et tandis que la procession reprend le chemin de l’église, le célébrant puise de cette eau nouvellement bénie. Avant le chant de la messe solennelle qui clôture les exercices des fêtes du pèlerinage (avril-juin) du sanctuaire de Saint- Eutrope à Verfeil, les prêtres bénissent le puils de Sainte-Eustelle, situé dans l'intérieur de la chapelle. Dès ce moment, les pèlerins sont autorisés soit à boire, soit à emporter de cette eau pour en répandre sur les terres et les fruits, comme aussi pour en faire des lotions".

. Com. de M. Joseph Jan.

. Com. de M. d’Ault Du Mesnil.

Comm. de M. Z. Le Rouzic.

. Comm. de M. Fraÿsse.

. Comm. de M. Jos. Le Carguet.

. L. de Nussac. Les Fontaines en Limousin, p. 11.

. Abbé C. Daux. Croyances du Monlalbanais, p. 8-9.

On sait que de nombreuses processions se rendent près des fontaines ou des rivières, pour demander une humidité bienfaisante, ou la provoquer au moyen de divers actes. Il est vraisemblable que dans les pays où les fontaines sont rares, les puits ont été l’objet d'observances analogues ; toutefois, je n’ai jusqu'ici relevé que les suivantes : Au X VIII siècle les habitants du Narbonnais venaient en pèlerinage, lors de sécheresses persistantes, près d’un puits des environs. On y apportait la tête de saint Sigismond, et dès que le chef du saint était approché du puits, selon les uns, ou même jeté dedans, selon d'autres, une pluie abondante venait ramener la fertilité dans la région !.

L'église de Champrond, à quelques lieues de Chartres, possède un puits, placé dans le chœur, et dont une planche couvre l'orifice. Au fond se tient, dit-on, en permanence le bon saint Sauveur, comme à Saint-Denis du Puits, mais on ne sait au juste si c'est le saint lui-même ou sa stalue. Lorsqu'une paroisse désire de la pluie, elle vient en procession à l'église de Champrond ; on soulève le couvercle, on trempe six fois dans l’eau du puits le bout de la bannière, et l’on attend avec confiance le résultat de cette opération ?. On se rendait en temps de sécheresse, au Puits de Saint-Marcel, dans l'église paroissiale de ce nom, mais On ne décrit pas le cérémonial usité #.

Le manque de respect pour la statue qui est dans la paroi du puits Sent-Estefe de Vieljo, cause des coups de grêle Lerribles #.

L'eau des puits ne semble pas exercer sur l'amour et le mariage une action aussi grande que celle des fontaines. Cependant on racontait que l’eau d'un puits situé dans la forêt de Fontainebleau donnait aux amants la constance et aux époux la fécondité. Le serment par le puits du Cornier, un peu d'eau bue à deux dans la même tasse, constituaient un engagement irrévocable pour les fiancés. Lorsqu'après un an de mariage, les époux n'avaient pas d'enfants, ils sorlaient de chez eux, par une nuit bien sombre, en ayant soin de n'être vus ni entendus de personne, Car autrement la visite aurait été inefficace. Ils traversaient la forêl sans parler, la femme portant une cruche et le mari une corde de crin pendue au cou. Le mari attachait la cruche avec sa corde, et lorsqu'elle avait été remplie, la femme allait la vider dans une auge où venaient boire les bêtes fauves de la forêt. Elle renouvelait le voyage

jusqu’à ce que l'auge fût pleine, et il fallait qu'elle eût fini avant que le

1. Gaston Jourdanne. Contribution au Folk-Lore de l'Aude, p. 2071. 2. A.-S. Morin. Le prêtre et le sorcier, p. 98-99.

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