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ORIGINE ET PARTICULARITÉS

Comme les rivières sortent très souvent de fontaines, il n’est pas surprenant de rencontrer peu de légendes qui leur assignent une origine distincte. Toutes celles recueillies jusqu'ici, et qui leur sont particulières, s'appliquent à des cours d’eau, en général de médiocre importance, et, suivant une conception qu’on retrouve en dehors de France, elles les font naître de liquides sécrélés ou versés par des personnages fabuleux. D'ordinaire ce sont des géants, et parmi eux Gargantua tient, comme d'habitude, le premier rang.

Il emploie fréquemment un procédé naturaliste qui figure plusieurs fois, sous une forme facétieuse, dans Rabelais, ou dans les écrits qui lui sont attribués, el dans les œuvres de ses imilateurs. Les Grandes chroniques de Gargantua, le plus ancien de ces ouvrages, rapportent que le héros s'étant purgé, « fut contraint de destacher la martingalle de ses chausses, et décliqua son povre broudier en telle manière et si merveilleuse impétuosité, qu'il fist une petite riviere (à Rouen) laquelle on appelle de present Robec ». Plusieurs passages du Gargantua et du Pantagruel parlent aussi de merveilleuses « compisseries » dont les plus caractéristiques sont celle des chiens de Paris lesquels firent couler « le ruisseau qui passe à Saint-Victor où Gobelin teint l’escarlate, » et l’allusion à la grand’jument de Gargantua « qui ne pissoit foys qu'elle ne fist une riviere plus grande que n’est le Rosne ou le Danouble*. » Il est vraisemblable que cette donnée est antérieure à Rabelais, et que, lorsqu'il la mit en œuvre, il se rappelait quelque récit populaire sur les bords de la Loire. Béroalde de Verville, qui habita la Touraine, avait pu y recueillir Je conte dont voici, en abrégé, la seconde partie : un saint ayant octroyé à une dame, en récompense de son hospitalité, que la première besogne qu’elle ferait de la journée se

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