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LES EAUX FATIDIQUES

qui il ne faut pour se désaltérer rien moins que la Dive durant six mois !.

Les habitants du voisinage d’une rivière de la Charente qui coule souterrainement avaient peut-être imaginé pour expliquer celte particularité quelque chose d’analogue à la fable suivante, qui est ainsi rapportée par un vieil auteur : On tient au païs que celte riviere se faict d’vne autre moindre qu'on nomme le Baudéac, qui passant à vne lieüe de long de la Braconne, se perd en plusieurs endroits et l’on pense qu'il se rend à la Tourvre... Noz poëtes engoumoisins ont fabulé que le Baudeac fut amoureux de la Tourvre et pour en iouir se desroba par conduicts souterrains ?.

De même que les sources, certaines eaux courantes sont prophétiques. En-Dauphiné, le ruisseau de Barberon annonçait la fertilité par l'abondance de ses eaux, tandis que leur peu d’élévation était un présage de mauvaise récolte’. Un petit affluent du Loir, nommé la Conie, disparaît subitement au mois de juillet tous les dix ou quatorze ans, et ne reparait que trois mois après. On croyait autrefois pouvoir prédire l'abondance ou la disette d’après l'état de la Conie au printemps, et il y avait, dit-on, des spéculateurs qui réglaient leurs commandes de grains d'après l'inspection de ses eaux*. Un gros ruisseau de la plaine de Baudoncourt, près Luxeuil, qui sort d'une terre inculte et va se jeter dans la rivière de la Lanterne, demeure souvent tari pendant plusieurs années, et c'est une opinion reçue dans le pays, fondée, assure-t-on, sur une longue expérience, qu'il coule seulemert lorsque l'année doit être stérile ; aussi l’appellet-on le Ruisseau du cher temps ou la fontaine de Disette. Si son flux commence au mois de janvier, c’est l'annonce d'une récolte médiocre, et s'il dure pendant deux ou trois mois, la disette devient plus considérable. La chose fut ainsi reconnue en 1693, 1708 et 1709. À Rouen, dans la rue Saint Nicaise, un petit ruisseau d’eau vive, dont le cours était temporaire, ne se montrait que pour annoncer une année de famine : aussi le peuple l'avait surnommé : Trou de misère ‘.

Un écrivain du XIII siècle parlait aussi de cours d'eaux intermittents : Près de Narbonne, un ruisseau n'apparaissait qu’au moment de la fenaison, un autre ne coulait que pendant une heure par Jour ’.

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