‹ Le folk-lore de FranceChapitre 274 sur 403 · Amélie Bosquet. La Normandie romanesque, p · texte numérisé non relu

Amélie Bosquet. La Normandie romanesque, p

1. Gervasius de Tilbury. Olia imperialia, éd. Leibnitz, p. 100,

Des pierres, ordinairement cachées sous les eaux, et qu’on ne voit que très rarement, présagent aussi des malheurs lorsqu'elles se découvrent, et l'on prétend que certaines portent des inscriptions qui constatent ce rôle fatidique. Sur un rocher rougeâtre dans la Sioule, près de Saint-Gal (Puy-de-Dôme), qui n’apparaît que dans des temps d’excessive sécheresse, on lit ces mots: « Ceux qui m'ont vu ont pleuré ; ceux qui me voient pleureront! ». Une phrase analogue est gravée sur la roche d’Arquebise dans la Seine, près de Samoreau (Seine-et-Marne) dont parle un article du Monde illustré du 16 juillet 1870, et le chroniqueur ajoutait que sa dernière apparition avait coïncidé avec le tremblement de terre de Lisbonne: Elle fut, comme on le voil, aussi à découvert peu de temps avant la guerre ?. En 1893, où l’été fut exceptionnellement sec, on racontait qu’on avait vu au milieu du Doubs, en aval de Saint-Ursane, une pierre sur laquelle étaient écrits ces mots : « Quand vous me reverrez vous pleurerez ? ».

Quoique les inondations soient fréquentes en France, que certaines rivières causent de terribles ravages lorsqu'elles se répandent sur les campagnes ou qu'elles recouvrent les rues des villes, elles occupent bien peu de place dans le folk-lore. J'avais été surpris, il y a quelques années, du petit nombre de faits qui avaient été relevés, et aussi de leur intérêt médiocre ; il me semblait que le phénomène, sinon périodique, du moins fréquent, du débordement de plusieurs fleuves avait dû présenter à ceux qui en étaient les témoins et les victimes une sorte de caractère surnaturel, qu'ils l'attribuaient peut-être à des génies ou à des divinités courroucées, et que probablement il existait des cérémonies ou des pratiques destinées à adoucir leur colère, à prévenir les inondations, ou, lorsqu'elles se produisaient, à les arrêter et à faire rentrer les eaux dans leur lit. J'attirai sur ce sujet l'attention des lecteurs de la Revue des Traditions populaires, j'écrivis à plusieurs traditionnistes expérimentés, voisins du Rhône, de la Loire et de la Garonne ; mais les réponses que je reçus furent négatives, et mes lectures ne m'ont fourni qu’un assez petit nombre de traits.

La légende normande d’après laquelle Gargantua faisait déborder la rivière de Sée, quand il soulageait son humaine nature #, est peut-être un souvenir d’une antique croyance qui aurait attribué les inondations à un acte semblable accompli par des divinités puissantes, comme il leur attribue l’origine de quelques rivières. Quand la Creuse sort de son

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