LES GÉNIES ET LES INONDATIONS
it, les paysans de la Marche disent que le prieur Barbaire se remue dans le puits où il a été jeté par les Sarrasins".
Quelques traditions alpestres associent aux débordements des génies plus anciens, qui sont même visibles quand ils se produisent. On assurait autrefois qu'un démon des eaux se voyait à la débâcle des glaciers du Rhône, l’épée à la main, marchant sur les flots gonflés. Quelquefois, sous une forme féminine, il faisait déborder le fleuve ?. Cette dernière idée se retrouve sur le versant italien des Alpes, dans un pays français de race et de langue. Lorsque la fée de GColombéra se décida à abandonner sa grotte pour éviter la colère des habitants de Perloz, elle fit tomber une pluie abondante, qui grossit terriblement le torrent de Réchanté. Alors elle s'assit sur l’eau avec son enfant, et descendit ainsi jusqu'au Lys, dont elle arrêta le cours pendant quelque temps. Lorsque les eaux accumulées eurent formé un lac, elle s’assit majestueusement dessus, lâcha les eaux qui la portaient et descendit ainsi le cours du Lys pour rejoindre la Doire. Les habitants de Pont Saint-Martin, étonnés de voir pendant quelque Lempsle lit du torrent complètement à sec, après un orage considérable sur les hauteurs, s'étaient portés sur le pont, lorsque, tout à coup, ils virent apparaître au loin, dansle lit du Lorrent, une masse d'eau considérable, pareille à une mer en marche. La fée s'avançait sur les flots et le pont était menacé d'être emporté, lorsque les habitants s’écrièrent : « Baissez-vous, la Belle, et nous laissez le pont!» La fée, flattée de l'éloge rendu à sa beauté, passa sans endommager ni le pont ni le bourg. On raconte dans le pays de Fontainemore une légende à peu près semblable *.
Ainsi qu'on le verra plus loin à la section des cultes et des observances, diverses cérémonies ont lieu sur le bord des rivières ; mais, à ma connaissance, aucune d'elles n'a actuellement pour objet spécial de les empêcher de déborder.
Jadis quand les inondations devenaient menaçantes, on avail recours à l'intervention des reliques ou des statues vénérées ; à Paris, lorsque la Seine sortant de son lit, inondait les parties basses de la ville, on descendait l1 châsse de sainte Geneviève et on la conduisait en grande pompe du côté du fleuve : les annalistes ont noté, du IX° au XVF siècle, plusieurs de ces processions solennelles*. Des pratiques analogues ont eu lieu dans le Midi, à des dates plus récentes : en 1678, la rivière de l'Ise menacant d'engloutir tout le pays de Luz, on porta procession-