Paul Sébillot. Légendes de la Mer, t. I, p
ÿ, Les lilustres fées, in Cabinet des Fées, t. V, p. 64, 66.
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obligea de se jeter dans la mer à Poul-Dahud en Trestel. Toutes les sirènes sont nées de celle-là. Leur chant est mélodieux, mais il ne faut pas rester à l'écouter, parce qu'elles attirent les marins pour les perdre ‘. Au cap Sizun, une sirène, qui est aussi une incarnation de Dahut, parait assez fréquemment auprès des bateaux ; elle annonce toujours la tempête, et on lui donne le nom de Marie du Cap ?. Maint pêcheur du Finistère prélend avoir vu au moins une de ces divinités de la mer: elles sont belles comme le jour ; leur occupation favorite semble être de démêler avec un peigne d'or leurs longs et épais cheveux blonds. On vante aussi la douceur pénétrante de leur voix, la puissance de séduction de leurs chants : elles connaissent de merveilleux soniou qui feraient oublier père, mère, femmes et enfants si on s’attardait à les écouter *. Dans les environs des îles d'Hyères, s’il y a tant de naufrages, c'est que les marins ne songent plus à s'orienter quand ils sont fascinés par le chant si doux et si mélodieux de ces charmeuses *. Les pêcheurs de la baïe de Saint-Malo aimaient à entendre pendant le jour la chanson de la « seraine », mais ils la redoutaient la nuit, car c'était un présage de tempête et de mortÿ.
Les Mari Morgan ont de nombreux points de ressemblance avec les sirènes, et vers la fin du XIX° siècle on les confondait généralement avec elles, bien qu'elles n'eussent pas le corps terminé en poisson. Suivant l'opinion la plus commune, elles ont disparu depuis longtemps. Une légende, qu'on lira au chapitre des grottes, assure pourtant qu'il y en a encore dans une caverne près de Crozon’. Il était rare de les rencontrer en pleine mer ; elles se tenaient de préférence dans le voisinage des côtes, à l'entrée des cavernes, à l'embouchure des rivières. Très effrontées et versées dans la science des maléfices, elles poursuivaient les jeunes pêcheurs de leurs sollicitations amoureuses : ceux qu'elles parvenaient à séduire étaient entraînés sous les eaux et on ne les revoyait jamais *.
Cette conception se retrouve dans plusieurs récits contemporains, dont quelques-uns décrivent même, avec une certaine précision, le séjour des divinités marines : en Haute-Bretagne, c'est parfois toute une contrée que la mer, rendue solide par une puissance magique, enveloppée d'une voûte transparente, à travers laquelle on voit presque
. G. Le Calvez, in Rev. des Trad. pop., t. Il, p. 293.
. H. Le Carguet, ibid, t. VII, p. 388.
. Comm. de feu L.-F. Sauvé.
. À. de Larrive, in Revue des Trad. pop., t. XVI, p. 203. . Paul Sébillot, in Annuaire de Brelagne, 1897, p. 342.
. Comm. de feu L.-.F Sauvé.
. Lucie de V.-H. in Rev. des Trad. pop. t. XVI, p. 203, 8. Comm. de feu L.-F. Sauvé.
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aussi bien que sous notre ciel. Elle contient des campagnes étendues où croissent des arbres et des plantes étranges, qui tiennent de la flore terrestre et de la flore maritime ; de longues avenues conduisent à de beaux châteaux, ornés de toutes les richesses de l'Océan. C’est là que les dames de la mer, auxquelles on attribuait des passions amoureuses, attiraient ceux qui leur avaient plu, ou même recueillaient des naufragés. À part la liberté de revenir à terre, ils y avaient tout à souhait ; parfois même elles laissaient retourner à leur village les pêcheurs qui regrettaient tropleursfemmespauvrement vêtues etleurs petits enfants. Lorsque les marins de Basse-Bretagne avaient cédé à la séduction des Mari Morgan, ils arrivaient aussi dans un palais de nacre et de cristal où les attendaient des plaisirs de toutes sortes. Ils épousaient la Mari Morgan qui les avaient enlevés, et si l'espoir de reprendre leur place parmi les hommes leur était interdit, ils finissaient par ne pas trop s’en plaindre. Riches, choyés, servis à souhait, ils vivaient heureux, grassement, longtemps, et avaient beaucoup d'enfants ?.
Ordinairement c'étaient des hommes qui étaientattirés dans ce monde enchanté, parce qu'il est le plus souvent habité par des personnages féminins. Parfois aussi des génies mâles y emmenaient des femmes : en Gascogne, un drac saisit une jeune fille qui se baigne et l'emporte dans son beau château, construit sous la mer, au milieu d'un jardin planté d'arbres et de fleurs marines*. Les Morgans y entraïnaient aussi les filles de la terre : Il y a une trentaine d’années, les habitants d’Ouessant plaçaient encore sous les eaux, à peu de distance de leur ile, la résidence de tout un groupe de ces génies, dont le nom se rapproche de celui de Mari Morgan, mais qui formaient une tribu distincte; plus bienveillante à l'égard des humains. Elle se composait de mâles et de femelles, alors que, presque toujours, les Mari Morgan sont des
“femmes. Sans être à proprement parler des nains, ils étaient de petite taille, mais gracieux. On disait qu'ils avaient les .joues roses, les cheveux blonds et bouclés, de grands yeux bleus et brillants ; bien que gentils comme des anges, ils ne pouvaient aller au ciel, parce qu'ils n avaient pas reçu le baptême. Les hommes s’appelaient Morgans (Horganed), les femmes Morganes (Morganezed, pluriel de Morganés). Les traditions qui les concernaient, bien que déjà en voie d'’effacement, étaient encore connues des vieilles femmes, lorsque F.-M. Luzel visita l'ile en 1873“. Voici le résumé de l’une de celles qu’il y recueilli, et qui indique nettement leur vie sous-marine, On en lira une autre au