‹ Le folk-lore de FranceChapitre 281 sur 403 · AC CNP RÉ PQ ET A · texte numérisé non relu

AC CNP RÉ PQ ET A

Des personnages, presque toujours féminins, viennent assez souvent s’ébattre dans les fontaines ou dans les étangs ; mais aucune légende locale ne parle des bains de fées dans les eaux courantes ; il n'en est question que dans des contes de la Haute-Bretagne, où figure un épisode altéré du mythe des femmes cygnes: trois princesses, avant de se baigner dans la rivière, déposent leurs vêtements sur le bord ; le héros s'empare de la chemise de celle qui lui plaît le mieux, et, tant qu'il ne la lui a pas rendue, il a tout pouvoir sur elle .

Les lutins des rivières qui ne manifestent pas leur présence par des cris ou par des lumières, se bornent en général à des espiègleries. Le Gabino du Morbihan, sous la forme d'un bouc, se plaçait sur un pont étroit et regardait les passants d’un air effronté ; il n'aimait pas qu’on lui manque d’égards; si un voyageur lui disait: « Hors d'ici, puant ! » il le poussait dans l’eau *. Le Houzier ou homme des eaux qui se tenait, il y a bien des années, le long des ruisseaux et des passerelles des Ardennes, était tout petit ; il pouvait facilement se cacher l'été dans les hautes herbes, et l'hiver il se blottissait dans un trou. Il avait la faculté de se rendre invisible, et sa grande joie, lorsqu'on passait auprès de lui sans le voir, était d'éclabousser les voyageurs, et surtout les jeunes filles qui étaient parées de leurs plus belles robes. On entendait alors un éclat de rire, et le flac que ferait une grosse grenouille plongeant dans l'eau . Dès que la nuit était tombée, une bande de lutins s’amusait à asperger le passant avec l’eau d’un petit ruisseau des environs de Bartfleur, On évitait de s'aventurer auprès ; celui qu'atteignait une seule goutte lancée par les espiègles, ou qui posait le bout de son sabot dans l’eau, devenait méchant et querelleur, et surtout triste, et il recherchait la solitud°*.

Les esprits qui pour tromper les hommes, font entendre des appels, sont connus en un grand nombre de pays ; on les trouve dans les champs, dans les forêts et dans le voisinage des eaux. Voiciles gestes de quelques-uns qui semblent affectionner les ruisseaux et lesrivières. Le lutin de Condes, sur les bords de l'Ain, se plaisait à contrefaire les cris d’un enfant qui se noie”, maisil n'était pas foncièrement méchant comme ses congénères de Basse-Brelagne : Dans les environs de Quimper, un des plus connus et des plus redoutés des lutins appelés Hoppers, appeleurs, est /an an Od, Jean du Rivage. Il se tient toujours

4. Paul Sébillot, in Almanach du Phare de la Loire. Nantes, 1892, p. 97; Contes de la Haule-Brelagne, 1892, p. 44.

Page 1