Richard. Trad. de Lorraine, p
4. Clément-Janin. Sobriquels de la Côte-d'Or, Châtillon, p. #4.
qui se déplace ; on voit mal son corps. Bien qu'on l’aperçoive aussi au bord ou à la queue des étangs, il se tient plus habituellement dans le voisinage des ruisseaux, et surtout auprès des ponts rustiques. Il aide à traverser ceux qui lui offrent un Salaire, un ou deux liards, ou deux sous ; mais il jette à l'eau celui qui n’a pas eu soin de le payer. Il fait aussi passer la rivière aux ivrognes quand ils l'ont appelé en assurant qu'ils ne boiront plus ; mais si, arrivés sur l’autre bord, ils renient leur promesse, il les replace en un instant à l'endroit où il les a pris !.
Ces lueurs sont aussi, mais moins souvent que celles que l’on voit auprès des eaux stagnantes, en rapport avec des esprits de l’autre monde.
Le feu-follet du pays de Baugé (Maine-et-Loire) se nomme feu belluet (de belluette: bluette) ou Feu brülon ; c'est tantôt l'âme d’un trépassé qui revient pour nuire aux passants, tanlôt celle d’un damné qui tourmenté en enfer, réclame des prières et des messes, tantôt c’est l'œuvre d’un Sorcier qui essaie d’effrayer ou d'égarer les voyageurs. Il se tient presque toujours sur le bord d'un ruisseau à côté de quelque petit pont, et il fait le simulacre de laver ou de taper. La personne qui veut franchir le pont sans encombre doit, pour s'assurer sa bienveillance, lui jeter un objet de lingerie, mouchoir, cravate, bonnet, etc. Le Brülon s’en saisit et disparaît ; le lendemain, on retrouve soigneusement lavé et plié l'objet qui a été jeté. Le Brülon est très susceptible ; si on l'appelle Robinson, sa fureur se déchaine, il frappe l'imprudent et finalement l'emporte dans les airs : si on l'appelle Jean Robert, il accourt aussitôt vers celui qui a prononcé ce mot, mais ne lui fait aucun mal ?.
En Anjou, où plusieurs feux-follets sont des âmes qui réclament des prières, on vit longtemps à travers les arbres de la rivière la « chandelle » d’un réfractaire tué sous l'empire; à Habaye dans le Luxembourg belge, la lumière est double ; elle se montre à l'endroit où fut noyée, la nuit, une pauvre servante de ferme qui, séduite par le fils de la maison, fut amenée par lui au bord de là rivière, sous prétexte de faire boire les chevaux. Depuis, tous les soirs, pendant l'Avent, à l'anniversaire du crime, deux flammes bleuâtres, son âme et celle de son enfant, sortent de l’eau pour monter à la chapelle Sainte-Odile et retourner ensuite au gouffre *.
En Auvergne, les âmes des enfants morts sans baptême, appelées Brandons ou /{layés, égarés, se tiennent au bord des ruisseaux, mais
1. Paul Sébillot. Trad. de la Haute-Bretagne, t. I, p. 151-152 ; in Revue des Trad. pop., t. XIV, p. 49.