LES LESSIVES MERVEILLEUSES
qui se cache au fond de la Meuse, est amphibie ; il est gros comme un veau el a la forme d’un lézard. Les mères disent à leurs enfants indociles: « V'la l'Mahwot, situ n'te tais naï, dji va l'fouaire mindgie ! », Mais il ne se montre guère que lorsque de graves événements, guerres, peste ou famine, vont se produire. De vieilles nonagénaires affirmaient qu'en 4870, elles l'avaient rencontré à Revin et à Givet’. Dans le Mäconnais, la Mère Engueule est un croquemitaine femelle qui habite les endroits dangereux et en particulier le bord des rivières?. La Vogeotte est une petite dame verte qui épie à toute heure les enfants qui vont folâtrer seuls auprès du ruisseau; elle est armée de longs crochets avec lesquels elle peut les saisir par les plis de leurs blouses pour les attirer dans l’eau et les faire manger à ses poissons”*.
On raconté en divers pays que les fées venaient laver sur le bord des rivières, parfois en plein jour, mais plus généralement la nuit. Gelles du Roussillon, après y avoir fait leur lessive, étendaient au soleil leur linge qui élait très beau ct tissé de fleurs odorantes. Si un passant téméraire osait y toucher, il élait pétrifié sur le champ, ou ses bras étaient brisés comme du verre. D’autres assuraient que les plus grandes félicités étaient réservées à celui qui parvenait à leur dérober une pièce de linge ; on dit encore en Cerdagne, d’un homme qui a fait une rapide fortune, qu'il s'est emparé d'une serviette. Les fées iucantadas lavaient leur linge dans la rivière de Cadi, puis elles l’étendaient sur la prairie; personne n'avait réussi à leur en dérober une pièce; un pêcheur de Prades se rendit auprès des laveuses et, tout en causant avec elles, il laissa ‘omber sur une coiffe un filet garni de glu; mais il eut beau fuir à toites jambes, il fut rattrapé et battu par les dames irritées*. Suivant quelques-uns, la lessive des fées pyrénéennes avait lieu la nuit, comme celle de leurs congénères du Poitou, de l'Ile+et- Vilaine, du pays de la Hague et du Bocage normand; une troupe de celles-ci battaient et élendaient leurs draps sur une pierre plate que l'on montrait au milieu du lit de la Druance ; mais on ne les voyait pas ; leur linge semblait s'étendre, se secouer et s'étirer tout seul’. Un ruisseau du Vivarais, prés de Montréal, est appelé lou Vola de los fados; le ruisseau des fées ; à minuit, on entend le bruit de leurs battoirs et