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LES BATEAUX DE PASSAGE 367 C'est peut-être par une survivance inconsciente d'un usage ancien qui se rattachait peut-être à un culte, qu'autrefnis les ouvriers de Grenoble allumaient, pour annoncer la fin des veillées, des chandelles placées aux quatre coins d'une planche, qu'ils lançaient sur l'Isère et ses affluents, et ils disaient qu'ils embarquaient « les veillées pour Beaucaire ». Dans les Vosges les enfants mettaient à flotter de semblables petits radeaux, à la même époque, A Remiremont cette coutume cessa vers 1870! ; mais une petite cérémonie du même genre a longtemps subsisté dans le Vaucluse : le vingt-cinq mars, les Tavelleuses, jeunes filles qui travaillent aux moulins à dévider la soie, appelés Tavelles, se réunissaient pour faire une sorte de radeau qu'elles enguirlandaient de rubans et de rameaux de buis. Elles y placaient des poupées et un certain nombre de coquilles d’escargots gärnies d'huile et de mèches qu’elles allumaient, puis elles abandonnaient l'esquif sur le courant du ruisseau le plus voisin de la fabrique, et le suivaient en chantant jusqu'à ce qu'un obstacle eût fait sombrer la frêle embarcation ?.
Les contes et les légendes parlent assez souvent de navires qui, lorsque le héros est à leur bord, se mettent en marche sans que personne les conduise. Ce prodige eut lieu lorsque saint Gohard, évêque de Nantes, eut élé décapité par les Normands : «il se leva sur pieds, et tenant sa teste dans ses mains, il se rendit au bord de la Loire, et entra dans un bateau qui s'y trouva miraculeusement disposé ayant deux flambeaux a!!umés de costé et d'autre, lequel remonta La Loyre, sans voiles ni rames » *.
Un esquif imaginaire figure dans les croyances enfantines de la Wallonie : autrefois à Liège, les petits enfants croyaient qu'au moment où les cloches reviennent de Rome, ou le jour de Pâques, un bateau d’osier arrivait sur la Meuse, et leur apportait des œufs de Pâques *.
Plusieurs souvenirs légendaires s'attachent aux bateaux plats qui transportaient les voyageurs d'une berge à l'autre des rivières, et qui étaient nombreux à l'époque où les ponts étaient plus espacés qu'aujourd'hui. Quelquefois ils recevaient à leur bord des passagers qui appartenaient, non pas au monde des morts, mais à celui de la lycanthropie ou des chasses fantastiques.
4. Richard. Traditions de Lorraine, p. 110-171 ; L.-F. Sauvé. Le Folk-Lore des Hautes-Vosges, p. 51.