À. CULTE ET OBSERVANCES
Les vesliges de culte ancien et les observances singulières que l'on a tant de fois constatées dans le voisinage des fontaines et même des eaux dormantes, sont beaucoup plus rares sur le bord des rivières et des ruisseaux ; mais le folk-lore de ces trois grandes divisions du monde aquatique est, dans ses lignes principales, parallèle ou même semblable. Comme celles des sources, les eaux courantes sont respectées, el l'on ne doit les souiller par aucun acte impur:; il est même interdit d'y cracher : en Haute-Bretagne pour détourner les gens de cet acte, on dit que c'est un péché, et que celui qui crache dans un ruisseau fait de l’eau bénite pour le diable ÿ. Parfois l'onde, une fois salie, ne reprend plus sa limpidité première : un ruisseau dont l’eau
- Legier, in Académie Cellique, t. I p. 209-210.
. L.-F. Sauvé. Le Folk-Lore des Hautes-Vosges, p. 205. 3. E. Rolland. Faune populaire, t. V, p. 95.
+ François Daleau. Trad. de la Gironde, p. 53.
. Paul Sébillot, in l'Homme, 1884, p. 587.
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était pure jadis, devint le ruisseau des Mains sales depuis que le bourreau qui, par ordre de Guillaume, écorcha Grimoult, y lava ses mains sanglantes !.
Les rivières sont douces, à certaines époques de l’année, de propriélés merveilleuses qu'elles ne possèdent qu'à ce seul moment. Quelquefois leurs vertus, bonnes ou mauvaises, sont en relation avec les solstices. Le soir de la Saint-Jean, à minuit, l’eau du ruisseau de Larou (Languedoc) se changeait en vin *. À Malmédy, dans la Prusse wallonne, tous les ruisseaux éprouvent cette transformation *. Toutefois pendant les nuits privilégiées, les eaux courantes ne sont pas sans présenter quelque danger : Celui qui boit à la rivière de Herné (Liège) à minuit de Noël, à l'endroit appelé les Six Bacs, où les ménagères vont d'habitude rincer leur linge, devient aveugle *. En Franche-Comté, la porsonne qui va, à ce même instant, abreuver les vaches à la rivière, ne doit pas se détourner; sinon elle verrait surgir un taureau noir qui, la prenant sur ses cornes, la promènerait ainsi jusqu'au lever du soleil dans celte situalion désagréable *,
Les rivières procurent, beaucoup plus souvent, des avantages à ceux qui, surtout au solstice d’été, viennent s'y baigner, se lavent avec leurs eaux ou la boivent. Jusqu'à une époque récente, on a constaté en Wallonie des observances en rapport avec celte idée. À Liège les vieilles gens prétendaient que toutes celles de la terre sont bénies, le jour de la Saint-Jean, à midi. Un peu avant cette heure, les rivages des cours d'eau de ce pays se garnissaient de femmes et d'enfants, portant des pots de toute espèce, et juste au moment où l'Angelus sonnait, ils les remplissaient d’eau pour la boire ou l'emporter à leur demeure. Celle qui élait puisée à celte heure avait toutes les vertus, même celle de faire redevenir les jeunes personnes pures comme le jour de leur naissance. Sur l'Ourthe, la Vesdre et la Meuse, à midi sonnant, les mères plongeaient leurs petits enfants dans la rivière pour les garantir des maladies présentes et futures, et les adultes se baignaient jadis dans la Meuse après avoir fait le signe de la croix, persuadés qu'ils étaient à l'abri de tout malheur et qu'ils pouvaient ensuite se jeter à l'eau sans se noyer, ou naviguer sans danger sur les fleuves 5, À Huy et dans les environs, on voyait encore, en 1870, sur les bords de la rivière de longuas files d'enfants déshabillés n'attendant que le premier coup de la cloche pour être plongés dans l’eau. Ce bain
. J. Lecœur. Esquisses du Bocage normand, t. 1, p. 402.
. Alex. Langlade, in Revue des Trad. pop,, t. VI, p. 192.
. Quirin Esser, in Mélusine, t. 1V, col, 454.
. Soc. arch. de Namur, t. III, p. 353.
. Comm. de Mlte Marie Collet.
6. Aug. Hock. Croyances et remèdes du pays de Liège, 3e éd,, p. 92-94.