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BÉNÉDICTIONS ET PROCESSIONS

leur fortifiait les jambes; les adultes qui les avaient faibles les mettaient également dans l'eau ; d’autres s'y lavaient le visage et la poitrine, où en emportaient chez eux ; elle ne se gâtait point et était bénite comme celle de l'église !. |

En France où les immersions dans la mer à l'époque du solstice d'été et de quelques autres fêtes étaient naguère encore usitées, elles avaient lieu beaucoup plus rarement dans les rivières. Pourtant dans le Vivarais, on s'y baignait la veille de la Saint-Jean pour être préservé de toute maladie *.

A Saint-Pierre-les-Eglises, on conduisait les brebis à la rivière le jour de cette fête, pour les y laver, dans la persuasion que par là elles étaient garanties de tout mal jusqu'à l'année suivante. En Normandie, l'eau puisée à la rivière le jour de Pâques, avant le lever du soleil, conservait au visage une grande fraicheur ; dans le Bocage Normand, si on se lavait à la même heure dans les eaux courantes, on avait le corps et le visage frais pendant un an*,

C'était probablement pour donner une apparence chrétienne à ces pratiques d'origine païenne que, il y a une cinquantaine d'années, on bénissait dans quelques villages près d'Ougrée, contrée voisine de Liège, les eaux de la Meuse, en y plongeant au premier coup de midi une statue de saint Jean-Baptiste; près de Verviers, on sonne encore à midi les cloches pour bénir l’eau *.

L'usage de former des processions sur les rivières, ou de les bénir à des époques déterminées, a dû être assez répandu autrefois; de nos jours on le constate assez rarement, et il semble même en voie de disparition. Au XVIL siècle, on faisait, à Toulouse, au temps des Rogations (le troisième et dernier jour), une procession sur la rivière, qui est ainsi décrite par un contemporain : On s'assemble à certain endroict de la ville appeléle Chasteau où dans plusieurs batteaux couvertz et ombragés de feuillage prennent place ceux qui veulent : Lrois ou quatre en sont exceptez, dont l’un est particulièrement destiné pour des prestres ou religieux benedictins, et les autres pour des joueurs de tambour, de hautbois et de violon. En cet ordre, on descend le long de la Garonne jusques au dessoubz de l'église de la Daurade. Durant lequel cours, un père benedietin que deux hommes tiennent et gardent soignèus sement, après des signes de croix faits sur l’eau, plonge dedans souventefois une croix qu'il a attachée à ses poings. Aussy tandis que cette procession flotte de la sorte, vous entendez le son des violons,

. Baron:de Reinsberg-Duringsfel1. Traditions de la Belgique, t. 1, p. 420-421. . H. Vaschalde. Sup. du Vivarais, p. 22.

. Léo Desaivre. Le Noyer et le Pommier, p. 10.

. À. deiNore. Coulumes, p. 261 ; J. Lecœur. Esq. du Bocage, t. 1, p. 5e

. Reinsberg-Duringsfeld. Traditions de la Belgique, t I, p. .421.

des hautbois et des tambours, interrompu parfois du bruit de quelques mousquetades, boettes ou pétards que l’on tire... Cette dévotion faict croire que l’eau ne deviendra point corrompue ni pestiferée ‘. Dans le Gaorsin, le clergé monte encore dans une barque le jour de l’Ascension, et bénit les eaux du Lot ?.

De même que les fontaines, mais bien plus rarement, les ruisseaux ont Île privilège de procurer la chance à ceux qui accomplissent certains rites sur leurs bords. Les jeunes gens, avant de tirer an sort, vont se laver les mains, afin d'avoir un bon numéro, dans un ruisseau de la Loire-[nférieure, non loin de Saint-Père en Retz, Les jeunes filles désireuses de se marier dans l’année, devaient marcher sur les pierres d’un ruisseau voisin de la chapelle de Saint-Roger d'Elan. Les épouses stériles ne manquaient pas d'avoir des enfants, si elles buvaient avec confiance l’eau de ce ruisselet*.

Aux environs de Rouen, les épingles à cheveux ont été substituées aux épingles antiques. Les jeunes normandes qui implorent sainte Catherine pour avoir un époux, jettent quelques-unes des leurs dans le ruisseau qui sort de la fontaine Sainte-Catherine à Mortemer, en récitant une prière composée de trois strophes, dues sans doute à quelque riméur de village *.

Les eaux courantes, en raison de leur mobilité, sont moins propres que celles des fontaines à refléter les objets ou les personnes : aussi elles ne constituent pas comme elles, une sorte de miroir où se peignent les évènements futurs, et il ne semble pas qu'on aille les consulter pour les connaitre. L'apparition dont parle une légende de Basse- Bretagne, n’a pas élé provoquée par celui qui en est témoin : une petite pâtoure qui s'’amusait au bord d’une rivière, à un endroit où elle coulait doucement, vit se dessiner dans l'eau la figure et tout le corps de son maitre ; s'étant retournée, elle n'aperçut personne, et en rentrant à la maison elle s'assura qu'il n'avait pas été de ce côté ; dans la nuit, son maître mourut: elle avait vu son intersignef.

On a relevé en plusieurs pays de France, et sans doute la liste est incomplète, l'usage païen d’origine, mais souvent christianisé par l'intervention du clergé, qui consiste à plonger dans les rivières les statues des saints. Quelquefois celte immersion est faite par des gens

4. Léon Godefroy. Relation d'un voyage faict (en 1638), depuis la ville de Thoulouze indivisément jusques à Amboize. Bibl. Nat. fr., 2579, p. 286. Extraits de ce manuscrit par Léo Desaivre, in Rev. des Trad. pop., t. XVII, p. 113.

. Comm. de M. de Beaurepaire-Froment.

. Rev. des Trad. pop., 1. XL, p. 52.

A. Meyrac. Villes el villages des Ardennes, p. 145, . L:de Vesly, in La Normandie, février 1903, p. 61. . À. Le Braz. La Légende.de. la mort, t. 1, p. 43-45.

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