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L'IMMERSION DES STATUES

mécontents de n'avoir pas été suffisamment prolégés par l'effigie à laquelle ils s'adressaient, et qui veulent lui lémoigner leur ressentiment, afin qu'une autre fois elle remplisse mieux son devoir. Elle élait sans doute pratiquée bien avant le XVI° siècle, où elle avait lieu presque dans le voisinage de Paris : Ceux de Villeneuve-Saint-Georges, ne se contentèrent pas de dire des iniures à saint Georges de ce qu'il avoit laissé geler les vignes le propre iour de sa feste, mais le ietterent en la riuiere de Seine où il euida estre gelé aussi bien que la vigne! Saint Révérien, qui était autrefois invoqué en temps de sécheresse par les gens de Beaune, leur ayant donné Lrop d'eau, fut précipité par eux dans la rivière?. En 1784, lors d'une inondation, les habitants de Blagnac forcèrent leur curé à jeter dans la Garonne, l'image du patron saint Exupère®. Les jeunes filles qui, désireuses de-se marier se rendaient à la chapelle de saint Blaise, près du pont de la Balme, dans l'Ain, adressaient au saint une prière qui se terminait par la menace de jeter Sa statue dans le Rhône s’il ne les avait pas exaucées dans l'année *,

Les plus nombreux exemples de bains de Slalues, et ceux dans lesquels le clergé joue un rôle, parfois un peu forcé, sont en relation avec le temps ou la santé. Lorsqu'il y avait des sécheresses prolongées, les habitants de Perpignan demandaient à l'abbé de Saint-Martin du Canigo, les reliques de saint Galderic, que l’on promenait processionnellement à plusieurs reprises : à l'une d'elles, la châsse élait portée sur le bord de la rivière du Têt, et on plongeait le buste dans l'eau. Le crédit de saint Galdérie ayant un peu baissé à la suite de processions infructueuses, les consuls firent venir en 1612 les reliques des saints Abdon et Sennen qui furent baignées en grande pompe dans la rivière $.

À Collobrières, si les prières adressées à saint Pons n'étaient pas efficaces, et si la pluie se faisait trop désirer, on portait cérémonieusement sa stalue dans le quartier qui avoisine la rivière, et on la trempait, irrévérencieusement, trois fois dans l’eau, pour lui exprimer le désir d'avoir de la pluie et aussi le mécontentement qu’on avait contre lui parce qu'il n'avait pas fait pleuvoir f.-En Limousin, l'immersion des statues des saints pour altirer l'eau est fréquente : on va plonger celle de sainte Anne dans l'Eyge, et en bien d’autres rivières, on accomplit le même rite ; c'est ce qu'on appelle anar charchar l'aigua,

1. Henri Estienne. Apologie pour Hérodote, 1.1, ch. 39. 2. Mme N. Guyot, in Rev, des Trad. pop, t. ,XIX, p. 219.

3. L. Duval. Esquisses marchoises, p. 135, d'ap. Lavigne, Hist. de Blagnac. Toulouse, 1875.

4. A. Callet, in Rev. des Trad. pop.,t. XVII], p. 503. 5. Henry. Le Guide en Roussillon, p. 122-124. 6. Bércnger-Féraud. Superslilions el survivances, t. 1, p. 455, ie

aller chercher l'eau ! ; à Cubnezais la statue de saint Martial élait aussi baignée dans un ruisseau voisin de la Grosse-Pierre? ; celle de saint Marcel à Glémon (Côtes-d'Or), dans la Saône *.

Lors d'une procession qui eut lieu dans le Maransin, à la suite d'une grande sécheresse, ceux qui portaient la statue de saint Roch lui firent prendre un bain dans l'Arrivat, tout en lui demandant de bonne eau de pluie‘.

Ces immersions des effigies des saints passent aussi, dans la région du midi, pour assurer la chance aux gens et la fertilité aux biens de la terre. À Graveson (Bouches-du-Rhône), on allait, il n'y à pas encore bien longtemps, le 27 avril, jour de la fête de saint Antoine, plonger à trois reprises la statue du patron dans Île ruisseau des Lônes, en vue d’avoir de bonnes récoltes, et d'être préservé des maladies épidémiques ; on espérait aussi que les accouchements seraient heureux et les enfants à l'abri d’accidents ÿ.

Au Beausset (Vaucluse), le jour de la fête de saint Gens, après une messe solennelle, une procession élait organisée el de vigoureux garçons plaçaient la statue sur leurs épaules, et marchant de plus en plus rapidement, ils allaient, suivis du clergé et des fidèles, plonger dans la rivière, à plus de trois kilomètres de là, la statue du saint : nombre de dévots s’y baignaient aussi, confiants dans la tradition qui assurait que jamais on n’avait à craindre un refroidissement, et que ce bain au contraire, assurait contre les maladies et le chagrin fe

L'usage d'arroserle prêtreconducteur du pèlerinage fait aux fontaines, pour obtenir de la pluie, est assez répandu ; dans le Morvan autunois, il était aussi pratiqué.sur le bord des eaux courantes : Lorsqu'on allait processionnellement demander un changement de température à la statue de Notre-Dame du Regard, on observait au passage du ruisseau de la Chaloire, une coutume qui était eu relation avec le vœu des pèlerins. Si on désirait la cessalion de la pluie, le curé ne devail pas se mouiller, mais si on réclamait la cessalion de la sécheresse, au moment où il traversait la planche qui servait de pont, les hommes armés de perches, frappaient l'eau à tour de bras, pour la faire jaillir sur lui, et les femmes quittant la procession arrachaient des branches aux arbustes et aux buissons pour l'asperger à qui mieux mieux’. Une pratique

1, L. de Nussac. Fontaines en Limousin, p. #. \ 2. F. Daleau. Traditions de la Gironde, p. 58.

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