Comm. de M. Yves Sébillot
7.Mémoires de la Société éduenne, t. XXIV, p. 288; P. Bézier. La forét du Theil, p.20.
8. D.-A, Van Bastelaar, in Soc. paléontol. et arch. de Charleroy, 1. XII, 1882, p. 206-208;
on rebälit le vieux pont du faubourg de Brest, on recueillit une grande quantité d’épingles à la place où était l'ancien gué*. Ces objets étaient sans doute destinés au génie de la rivière, comme les pièces d'argent que l’on met sous la pile des ponts sont, disait-on naguère en Haute- Bretagne, une offrande qui lui est faite pour le conjurer de ne pas détruire la maconnerie bâtie sur son cours ?.
On a relevé en Wallonie une pratique préventive d'accidents : le premier janvier, On jette une galette dans la rivière, en formulant le souhait de nouvelle année, afin de ne pas se noyer pendant celle qui commence *. Ce présent était vraisemblablement destiné à l'esprit des eaux courantes, et devait l'empêcher de choisir comme victime annuelle, celui qui avait essayé de se mettre dans ses bonnes grâces.
Une offrande qui était peut-être faite au génie de la rivière considéré comme dispensateur de guérison, était en usage en Franche-Comté au commencement du siècle dernier. À Bouligneux, pour se guérir d'une fièvre ou d’une maladie quelconque, on formait avec de Ja paille une espèce de soleil à six rayons ; après l'avoir porté sur une éminence et s'être agenouillé devant lui au soleil levant, el avoir récité des prières chrétiennes, on gagnait la rivière la plus voisine, et l'on y jetait le soleil de paille ; mais il fallait aussitôt en détourner la vue et s'en revenir à la maison sans se retourner*.
Les rivières ont servi à diverses épreuves qui souvent avaient un caractère juridique ; l’une d'elles à été relevée en Gaule dès les premiers siècles de notre ère. Parmi les Celtes, dit saint Grégoire de Nazianze, on éprouvait les enfants qui venaient de naiïtre, en les mettant sur le Rhin couverts d'un bouclier; s'ils demeuraient fermes sur l'eau, ils étaient censés légitimes, et s'ils enfonçaient on n’en faisait aucun cas. C'est la pratique dont parle Claudien :
Et quos nascentes explorat gurgite Rhenus je
Mais celte ordalie cessa vraisemblablement d'être en usage de bonne heure, tandis que celle qui consistait à y soumeltre les adultes ne prit fin qu'au milieu du XVII siècle, après avoir été courante pendant des centaines d'années. Au temps de Grégoire de Tours, une femme accusée d’adultère par son mari, et qu'on ne pouvait convaincre par son aveu, dut être plongée dans la rivière. Le peuple accourut, et on la mena sur le pont de la Saône ; on lui attacha avec une corde une pierre au cou, el son mari l'accompagna de ses injures et de ses reproches. Mais le Seigneur qui, dans sa bonté, ne laisse pas souffrir
. P. Bézier. La forét du Theil, p. 21.
. Paul Sébillot. Les travaux publics, p. 102.
. Soc. arch. de Namur, t. IE, p. 353.
. D. Monnier et A. Vingtrinier. Traditions de la Franche-Comté, p. 182. . Le P. Le Brun. Histoire des pratiques superstitieuses, 1102, p. 499.