LA PUNITION DE LA VIOLENCE
de son mieux. Le lendemain, il lui dit: « Ma fille, emportez ce que
vous avez-de plus précieux et suivez-moi. » Quelques minutes après le
couvent s’écroulait et un marais boueux vint recouvrir ses ruines”. Dans la légende qui suit, le personnage rebuté n'est point nommé ;
mais il est probable que Jésus-Christ lui-même, ou bien un saint,
figurait dans la version primitive. A l'endroit où se trouve aujourd’hui l'élang connu sous le nom de Laguë de Xaintrailles, non loin de Nérac, existait autrefois un beau domaine où il y avait une prairie, des vignes, des bois et un moulin. Le possesseur était riche, mais avait le cœur dur. Un soir de Noël, un pauvre vient frapper à la porte de la maison. — La charité, j'ai faim. — Non, dit le meunier. » En ce moment, le coq chanta. Le pauvre va frapper à la porte de l’étable. — La charité,
j'ai soif. — Non, non, répète le meunier. » Et l’âne se met à braire:
Le pauvre va frapper à la porte du moulin. — La charité, j'ai sommeil. — Non, non, non, misérable, va-t-en au diable! » Le mendiant disparut, et à minuit, la prairie, l'étable et le moulin s'effondrèrent, engloutissant le maitre impitoyable avec tous ses biens, et une nappe d’eau prit la place du beau domaine”.
Quelquefois le refus d'hospitalité était, surtout de la partdes grands, accompagné de violences et d'insultes. Un jour, que le seigneur de Bex (Suisse romande) était à la chasse, un vieillard vint à la porte du château et demanda un peu de pain et un verre d'eau. Un domestique allait les lui donner, quand la maitresse du logis se met en colère, ordonne de bâtonner le domestique et fait lâcher ses chiens sur le pauvre. Il fuit comme il peut, et arrivé sur un tertre, il étend le bras vers le château en prononçant une malédiction : la châtelaine et ses gens s'esclaffent de rire. Mais voilà qu'un orage terrible éclate, l’eau inonde le sol, el, tandis que le vieux mendiant tient toujours le bras étendu, le château s'engloutit. Quand le seigneur revint, il ne trouva qu'une mare à ia place de sa belle demeure. Sur le tertre où s'était tenu le justicier, un sac en cuir plein d’or élait déposé à côlé d’une petite pièce de monnaie écornée, qu'il reconnut pour l'avoir donnée la veille, étant à la chasse, à un vieillard en haïllons*. Le marais de Saint- Michel en Braspartz (Finistère), était, il y a plus de mille ans, occupé par une vaste forèt, au milieu de laquelle s'élevait un château superbe. Une nuit d'hiver, un pauvre pèlerin y pénétra, et demanda au baron une pelile place pour y élever un oratoire. Le seigneur, furieux, le fit mettre au cachot, et déclara que le lendemain le pèlerin servirait de « bêle à chasser » dans la forêt, On lui donna cent pas d'avance, et
. À. Meyrac. Villes el villages des Ardennes, p. 282. . Louis Fargue, in Rev. des Trad. pop., t. VI, p. 434. . A. Certeux, in Rev. des Trad. pop., t. IX, p. 251.
la meute fut lancée après lui. Mais au milieu de la chasse, un page vit le pèlerin déployer ses ailes comme un ange et s'envoler devant les chiens. Quand on arriva au sommet de la montagne, le baron vit, à la place du fugitif, un ange resplendissant de lumière, et dans la vallée, là où s'élevait le riche domaine, il n'y avait plus que des bruyères que l'on eût dit brûlées par un feu souterrain, et un sombre marécage entouré de noirs taillis!.
Un lac sur la route de Bordère à Luchon remplace un hameau dont les bergers avaient insulté saint Pierre?. On voyait un village, d'autres disent une ville, à l'endroit même où s'est creusé le bassin du lac de Narlay (Haute-Saône). Une mendiante s'étant présentée à loutes les portes, el n'ayant pu trouver un asile pour la nuit, si ce n’est sous le toit d'un pauvre vieillard, Dieu, pour venger la suppliante, noya le village entier, en n’exceptant que la maison hospitalière siluée un peu à l’écart®. On raconte dans le Doubs qu'un jour d'hiver une femme qui tenaitson enfant sur les bras, parcourut la ville entière de Damvauthier, alors populeuse et florissante, sans que personne eût pitié d'elle. Elle adressa une prière à la Vierge et vit devant elle un vieillard qui la reçut, lui offrit à manger et prépara un lit de bruyère pour elle et pour son enfant. Le lendemain, le vieillard avait disparu, et au lieu même où s'élevait la ville inhospitalière de Damvauthier, on ne voyait plus qu'un lac immense; c’est celui que l'on connaît aujourd’hui sous le nom de lac de Saint-Point. Plus d'un pêcheur a vu sous les eaux transparentes, les clochers de la cité maudite, et entendu le glas de ses cloches à la veillée du jour des morts'.
On peut ranger sous le titre de: Châtiment de l'impiélé, les légendes qui rappellent la tradition des villes corrompues de la Mer Morte. Ainsi qu'on l'a vu, elles sont fréquentes sur le littoral maritime. On les relrouve, beaucoup plus rarement, dans l’intérieur des terres, et, à deux exceptions près, elles sont assez frustes. Il est facile d’y reconnaitre quelques-uns des traits caractéristiques du récit de la Bible, la corruption ou l'impiété des gens de La cilé coupable. (Genèse XVIII, 21 el suiv. ; Herbauge, Ars en Dauphiné, bourg du Velay, Vieux Briouze, Langueur, l'avis donné un peu avant la catastrophe par un personnage sacré, (Genèse. XIX, 12, 13, 17, Herbauge, version vendéenne d'Herbauge, bourg du Velay) la défense de se retourner (Genèse XIX, 17, version d'Herbauge ; légendes dauphinoises), la métamorphose de ceux qui ont
. Du Laurens de la Barre. Nouveaux fantômes bretons, p. 28-35. - Gésa Darsuzy. Les Pyrénées françaises, p. 101. 3. M. Monnier. Culte des esprits dans la Séquanie, p. 59. Ch. Thuriet. Tradilions populaires du Doubs, p. 463-465.
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