LE CHATIMENT DE LA VIOLENCE
premier coup de vêpres sonne, on nécoule rien, le second se fait entendre, on redouble de vivacité. Le troisième sonne, la ronde devient plus furieuse et continue jusqu'au WMagnificat ; alors danseurs et danseuses s'engloutissent dans les eaux qui remplacent subitement la pelouse. Près de Lussac-les-Châteaux est un trou à l'eau noire, appelé le Gouffre, dont personne n'a pu sonder la profondeur. Un jour de Pâques fleuries, des bergers et des bergères s'élaient arrêtés là pour danser. Un veillard, qui n’était autre que Jésus-Christ, leur ayant fait observer que la messe allait commencer, fut accueilli par des éclats de rire et des injures, et même on lança des chiens après lui. Le vieillard élendit la main : bergers et bergères disparurent dans le gouffre qui s'ouvrit sous leurs pas. Alentour, dans la plaine, les moutons sont changés en pierres blanches et les chiens en pierres noires. À Chauvigny, huit jeunes filles qui dansaient au milieu d’un pré, le jour de la Fête- Dieu, sont tombées dans un précipice à un endroit où la terre va et vient quand on y passe. Elles ont ensuite été mélamorphosées en huit moutons de pierre que l’on voit auprès ?.
Quelquefois ces catastrophes se produisent pour tirer de peine des personnages menacés d'actes de violence, ec elles punissent en même temps ceux qui s’en sont rendus coupables. On raconte dans le pays de Rougemont qu’un sire de Montby avait enlevé une jeune fille vertueuse et l'avait jetée dans son carrosse, lorsque tout à coup l’équipage entier disparut sous terre ; les paysans accourus aux cris de la jeune fille, ne trouvèrent à l'endroit où la voiture avait élé engloutie qu'un creux sans fond d'où l’eau semblait jaillir *. Des païens avaient amassé de grands tas de fougères autour de la cabane d'un moine et y avaient mis le feu. Le moine voyant qu'il allait brûler, jeta de l'eau bénite sur le bois ; on entendit un grand bruit, et la vallée s’effondra sous les eaux. C'est ce qui a fait la mer de Murin {Ille-et-Vilaine) ‘. Un puissant château, bâti à l'endroit où est le marais de Chaperoy, s’abima un jour en terre à cause des crimes de ses possesseurs *.
Des légendes des Pyrénées, qui ne diffèrent que par des détails, font remonter l'origine d’un lac à l'énorme quantité d’eau absorbée, puis rendue, par un monstre. Le plus grand serpent que l'on ait jamais vu se traînait jadis sur le plateau d'une. montagne verdoyante : de beaux troupeaux allaient et venaient dans la vallée qui s’étendait au-dessous ;