C. Moiset. Usages de l'Yonne, p
mais pasteurs, chiens et troupeaux, enlevés de terre par une force irrésistible, montaient vers le plaieau magique et s’engouffraient dans la bouche du serpent. Un homme du village d’Arbouix, qui avait beaucoup de courage et d'adresse, résolut de délivrer son pays. Il établit une forge au lieu le plus secret qu'il put trouver, et lorsque le fer était rouge, il le mettait à la portée du serpent, au péril de sa vie, bien qu'il eût soin de se retirer aussitôt. Lorsque le monstre, cherchant une proie, regardait de côté et d'autre, il voyait ce fer rouge ; il l'aspirait comme toute autre chose, et par la puissance de son soufile, il l'avalait d'un seul trait. Le feu se mit à ses entrailles, et il eut une si grande soif, qu'il se mit à boire, à hoire, et il buvait toujours. A la fin, il creva: l'eau qu'il avait absorbée se répandit et fit Le lac d'Isabit!. Cette version, que j'ai abrégée, est plus ancienne que les suivantes : dans celle de Webster, que j'ai donnée avec plus de détails au chapitre des montagnes, les habitants, après avoir fait rougir tout le fer dont ils pouvaient disposer, éveillent le monstre qui l’aspire, et qui, pour étancher sa soif, avale lous les ruisseaux, de Pierrefitte à Gavarnie. Quand il fut mort, l'énorme quantité d’eau qu'il avait aspirée sortit de sa gueule et forma le lac?. Le héros du récit, un peu trop mis au point, de Bladé, est un forgeron qui installe sa forge dans une grotte, ct se lie, pour ne pas être attiré par le serpent, avec des chaînes ; pendant sept ans, il lui sert des barres de fer rouge ; pendant sept ans, pour éteindre le feu qui le brülait, la male bête avale la neige par charrelées et met à sec les fontaines et les lacs. Quand elle finit par crever, il se forma un grand lac *.
Les géants, les héros et les personnages surnaturels figurent aussi parmi les créateurs de nappes d'eaux stagnantes. C'est Gargantua qui « en expulsant le superflu de la boisson » a formé le bel étang de Jugon (Côtes-du-Nord), el ceux d'Ouée et d'Andouillé en Ille-et- Vilaine“. Un étang, voisin de Reulaxer, se nomme la Goutte du géant, parce quil doit son origine à une goutte d'eau tombée de la main d’un géant qui venait de boire. On dit dans les Alpes vaudoises, que lorsque Gargantua passait par les champs labourés, l'empreinte de chacun de ses pas faisait une pièce d’eauf. Au sud de Lourdes, les petits étangs de Vivier Lion ont été produits par le pied ou le genou de Roland désar-