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LES FÉES DES LACS

une fumée quand on lui passe au doigt un anneau bénit'. Les autres baigneuses dont parlent les contes proprement dits sont apparentées aux filles, métamorphosées ou déguisées en oiseaux, qui, d'après des légendes fort répandues, reprennent leur forme quand elles ont déposé leur enveloppe sur le rivage ; je parlerai d'elles avec quelque détail au chapitre des oiseaux sauvages. Le vêlement de plumes qui figurait peut-être autrefois dans plusieurs contes de Ia Haute-Brelagne, a disparu de la version contemporaine. Ce sont des robes ou des chemises que les filles des magiciens où du diable laissent sur le bord avant de s'ébattre dans l'eau, et celui qui parvient à les dérober ne les leur rend qu'à certaines condilions ; parfois même, il n'est pas nécessaire que le héros les leur prenne pour acquérir de l'influence sur elles ?,

Les fées des eaux dormantes, comme celles des bois et des grottes, s'amusent parfois à exciter la convoitise dés passants en leur montrant des trésors : un hommé qui passait près d'un doué où lavait une fée ayant à côté d'elle un drap de lit couvert d'argent, s'étant arrêté à la regarder, elle lui demanda s'il voulait sa charge d’argent ou celle d’un cheval. IL répondit qu'il aimait mieux la charge d’un cheval, mais pendant qu'il était à le chercher, la fée disparut. Cette petite légende à élé recusillie dans le centre des Côles-du-Nord ; mais une variante est populaire sur le littoral dé ce pays. Une femme qui s'était rendue à un lavoir de Créhen qui passe pour hanté, vit l'eau toute couverte de pièces de six francs qui brillaient au soleif, et une lavandière qu'elle ne connaissait pas lui demanda si elle en voulait plein son tablier ou plein un sac. La femme répondit qu'elle en aimait mieux une pochée, puisqu'elle avait le choix; mais quand elle revint avec son sac, la - lavandière et les pièces de six livres avaient disparu. Cette fée permit à une jeune fille qui, un autre jour, vit le lavoir couvert d'argent, d'en prendre tant qu'elle en pourrait porter *.

Les bonnes dames douaient aussi les eaux stagnantes de propriétés merveilleuses. Jadis quand on lavait dans certains étangs qu’elles fréquentaient, comme ceux de Quintin st de Châtelaudren (Côtes-du-Nord) il suffisait de prononcer, si on élait favorisé d'elles, quelques paroles magiques, en plongeant le linge dans l’eau, pour le retirer parfaitement nettoyé et très blanc; parfois si on y jetait une pièce de linge, on en retirait deux‘. Grâce à une dame blanche qui habitait les bords du lac de Narlay, les draps s’y blanchissaient sans lessive et sans savon *.

1. Pitre de l'Isle du Dreneuc, in Rev. des Trad. pop, t. XII, p. 289.

2. Paul Sébillot. Litt. orale, p. 60 ; in Rev. des Trad. pop. t. IX, p. 167 ; Contes de la Haute-Brelagne, t. 1, p. 197.

3. Paul Sébillot. Trad. de la Haute-Bretagne, t. 1, p. 114; Contes, t, II, p. 102-104. 4. Lucie de V.-H. in Rev. des Trad. pop., t. XV, p. 620. 5. Ch. Thuriet. Trad. de la Haute-Saüne, p. 242.

De même que beaucoup de divinités des eaux, certaines dames lacustres ne sont pas d'une nature bienveillante, et ceux qui, surtout la nuit, s'aventurent sur leur domaine, expient, parfois cruellement, leur imprudence, Du côté de Saint- Martin de la Bretonnière étaient deux fées. L'une, espèce de sirène, attirait par sa voix les passants pour les dévorer, l’autre guettait dans les ténèbres ceux qui s'attardaient près des étangs et les entrainait sous les eaux'. Les fantômes femelles, appelés Dames Blanches ou dames Vertes, qui peuplaient les rives de. nombreux étangs qui couvraient le territoire de Coges, fascinaient les voyageurs par leurs agaceries et les précipitaient ensuite au fond?. À Billy, dans le Bourbonnais, les fées des étangs conviaient à la danse les passants attardés, et quand elles les avaient séduits, elles les entrainaient sous les eaux*. Suivant une légende, jusqu'ici unique, un être malfaisant se plaisait à faire couler les bateaux qui naviguaient sur les étangs du Bas-Poitou ; la dame de l'étier revenait sous forme de fantôme et nouait sa chevelure aux nioles pour les attirer au fond.

Les esprits assez mal définis que l'on désignait en Berry sous le nom de Demoiselles, s’envolaient de mare en mare et d’étang en étang à mesure qu'on leur ôtait le brouillard dont elles se nourrissent. Elles passaient pour ne faire de mal à personne, alors que d’autres les accusaient de se plaire à jouer des mauvais tours aux voyageurs. Un des endroits où elles se tenaient s'appelait la Gägne-aux-Demoiselles ; c'était une fosse herbue et vaseuse qui avait bien un demi-quart de lieue de long®.

- Quelquefois. les dames se contentaient de simples espiègleries : on voyait jadis autour de l'étang de Bèche, à la Chapelle Volant, trois demoiselles qui arrêtaient les voyageurs, les faisaient Lourner, tourner, puis disparaissaientf.

Dans le Beaujolais des Dames Noires, noires et hideuses, frôlaient par les nuils obscures, ceux qui se trouvaient dans le voisinage des mares’. Les fées du lac d’Estoin, dans les Pyrénées, prenaient souvent des formes monstrueuses pour épouvanter les pêcheurs qui Jlançaient leurs filets dans les lacs d'Ovat et d'Omar et les empêcher de détruire le poisson Ÿ,

1. J.-G. Bulliot et Thiollier. La Mission de saint Marlin, p. 221.

2. D. Monnier et A. Vingtrinier. Traditions de la Franche-Comté, p. 251. 3. Francis Pérot. Les légendes du Bourbonnais, p. 28.

‘4. E. Souvestre. Les Derniers paysans, p. 165.

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