S 4. LES LUTINS ET LES FEUX FOLLETS
Les lacs et les étangs à eau claire ne sont pas d'habitude, en France du moins, fréquentés par les lutins ou les nains; on les voit, au contraire, assez souvent au bord des étangs marécageux et surtout près des mares et des marais. En Basse-Bretagne, on désigne par des noms particuliers les esprits des eaux stagnantes : les nains qui se tenaient dans les lieux bas et humides s'appelaient Poulpicans, parce qu ils avaient leurs terriers dans des lieux bas. Le Teuz ar Pouliet, ou l’espiègle de la mare, habitait les eaux et pouvait prendre toutes les formes qu'il voulait, à moins qu'il ne préférâl se rendre invisible ; Mais Son apparence véritable était celle d’un petil nain, vêtu de vert et portant de belles guêtres'. Dans le même pays le Droug-Speret ou Aëzraouant, est un esprit assez mal défini et protéiforme, qui se loge dans les puits et dans les étangs, où comme les anciens dracs du Rhône, il tache d'attirer les femmes et les enfants, en les trompant par l'apparence d'un collier, d'un bracelet, d'une bague, etc., qu’il leur fait voir au fond des eaux. Souvent il les allèche par la vue d'un miroir qu'il fait flotter à fleur d’eau ; l'Aëzraouant, caché sous les herbes, entraîne dans son palais de cristal l'imprudent qui se baisse pour le saisir et il l'enchaîne à jamais en le soumettant aux plus durs travaux?.
Plusieurs récits parlent de lutins qui se montrent parfois, près des eaux Slagnantes, sous une forme animale, pour s'amuser aux dépens des voyageurs : on raconte dans l'Aveyron qu’un jour ie drac prit celle d'un petit mouton égaré qui bélait au milieu d'une mare. Un paysan relroussa ses chaussures, traversa avec peine le marécage et le chargea sur ses épaules ; mais au milieu du narais, il ne pouvait aller ni en avant, ni en arrière, tellement ses jambes se trouvaient prises et comme enchaînées par les roseaux. Quand il fut débarrassé, la petite bète devint terriblement lourde ; lorsqu'il arriva à l’autre bord, le jeune agneau se trouva une énorme chèvre qui, d'un bond s’élança vers la rive et lui cria : « M'as plo cariouta®! »
En Lorraine les lutins des eaux sont simplement espiègles : à Cornimont, Cuba, qu'ailleurs on nomme Cula, suit en riant les pierres que les enfants jettent dans les mares*. Mais les Culards de la Champagne,
1. E. Souvestre. Le Foyer Breton, t. II, p. 114, t. I, p. 499. Dès le milieu du XIXe siècle, on ne parlait plus qu'au passé de ces deux lutins.